[Coup de Coeur] Hyperbole, Courrèges – Figure de style

Cette année, Courrèges lance un nouveau féminin ; chose plutôt rare dans le paysage grand public habitué à voir pulluler les flankers de flankers. Mais en y réfléchissant, ce n’est pas si anodin quand on sait que la marque complètement indépendante sur le sujet depuis qu’elle a internalisé sa licence parfum en 2010, se place presque comme une marque de niche. Un lancement féminin qui n’en est pas vraiment un en somme ? Bien sûr que si, mais pour faire court il ne répond plus du tout aux codes actuels. Et c’est là son génie ! On se croirait revenu dans les années 80 ou 90 : indépendance totale, liberté de création, directeurs artistiques autant impliqués dans la mode que dans le parfum, regards neufs et osant la prise de risque, le non-conformisme, et laissant aux parfumeurs une liberté totale. On peut déjà saluer cette audace !

Hyperbole, Courrèges - photo source : Musque-Moi !
Hyperbole, Courrèges – photo source : Musque-Moi !

Le résultat ? Un parfum hyper-Courrèges ! Qu’on adopte ou pas, mais qui ne ressemble à rien de tout ce qui sort actuellement. Pourquoi le parfum ne devrait pas répondre aux mêmes exigences que la mode ? Affirmer son style olfactif, jouer des codes, oser le décalage, rechercher l’unique et faire fi d’une uniformisation qui enferme dans l’abrutissement…

Dans un bloc de tabac blond, Antoine Lie et Jean Jacques (Takasago) sont venus sculpter une alcôve de confort par aplats généreux de fève tonka, de foin et de vanille, contrastant avec un certain ciselage de la matière. Un poivre blanc piquant, sec et presque animal, ouvre l’envolée d’Hyperbole avec une vivacité déroutante et peu commune. Par les inflexions butyriques du poivre, rappelant les fruits blets et liquoreux, soutenues par des notes confites venant du tabac, le parfum développe sa personnalité incandescente et se patine d’une aura vintage. Vanillé, crémeux, fruité confit… Une note qui rappelle la parfumerie des 90’s, héritière de la folie saturée des années 80 de douce insouciance vivant le crépuscule d’une époque. Son nom, lui, fait écho à la collection de sportsewear qu’André Courrèges avait imaginée en 1971.

Hyperbole a ce je-ne-sais-quoi de suranné, de familier et de nostalgie qui rassure. Sa formule courte, dixit ses créateurs, lui permet sans doute les écueils de la parfumerie actuelle a se perdre dans le polissage des contours, des formes, des propos. Ici de ne pas faire tomber la note orientale dans la facilité ou le piège de la boule informe et indigeste de notes vanillées et poudrées. La vanille tabacée rappelle Tobacco Vanille de Tom Ford, l’héliotrope crémeuse et amandée le regretté Castelbajac de Castelbajac.

Hyperbole, Courrèges
Hyperbole, Courrèges

Parfum à la fois de l’intime et de l’ostentation, comme un zoom en surexposition sur une veste en vinyle orange pop, ce n’est pas la pub qui dira le contraire. Impactante, d’une esthétique au goût indéniable et cohérente, elle est la parfaite évocation d’une maison historique dont les codes futuristes de l’époque se retrouvent parfaitement à leur place dans le présent, et apparaît plus moderne que jamais. Côté parfum, comme Narcisso Rodriguez il y a quelques années, Courrèges est LA marque à surveiller de très près.

Hyperbole est une idée brillante. Une leçon de style.

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