[Les Néo-Chypres – E04] Terre d’Hermès, Hermès – L’Incognito

JEAN-CLAUDE ELLENA CRÉE POUR HERMES EN 2006 son premier parfum sexué pour le marché grand public. Auparavant, il avait entamé la collection des Hermessences et avait commencé sa promenade au fil des jardins avec le Nil et la Méditerranée. Avec Terre d’Hermès, il s’attaque donc au marché de la parfumerie masculine ; sans doute le plus compliqué et où les marques s’aventurent toujours avec frilosité tant l’homme et le parfum ont des affinités si particulières. Même si cela semble changer peu à peu, l’homme est beaucoup plus fidèle à son parfum (car souvent il porte une référence qu’on lui offre) et ça ne le dérange pas de ne pas se parfumer. Impossible donc d’envisager des « parfums jetables » aux lancement éphémères comme du côté des rayons féminins. De plus, les marques ont tendance à croire que la fougère est LA SEULE famille exploitable à succès du côté masculin. On se retrouve donc depuis vingt ans avec une créativité bien limitée de ce côté là. Hermès fait le pari de lancer un parfois boisé en dehors des codes. Quoi de mieux que le chypre pour donner à un parfum boisé le plus terrien des caractères ?

Terre est sans doute l’un des lancements majeurs des années 2000. Son succès le place très vite en tête des ventes où il se trouve toujours, et fait de sa construction singulière et forte à la signature puissante, un exemple que vont essayer de reproduire de nombreuses marques en demandant à leur parfumeur « faites moi un Terre !« , comme on peut également l’imaginer avec Coco Mademoiselle, Invictus ou La vie est belle. Quand en plus ce parfum à succès est qualitatif et innovant, alors ça laisse un espoir de voir naître une descendance prête à relever le niveau.

Terre d'Hermès, Hermès - source : omedia.fr
Terre d’Hermès, Hermès – source : omedia.fr

Terre d’Hermès est un néo-chypre déguisé. Dans un premier temps, il se positionne sur le marché masculin, territoire où rarement le chypre a été osé. Deuxièmement, encastré dans une structure boisée jouant avec les matières modernes, son caractère chypré ne s’exprime que par ces sensations et contrastes qui définissent cette famille. Les notes boisées de vétiver, de cèdre, de cuir et de patchouli tissent un tapis terrien dense et sombre que le pamplemousse, la cardamome, le géranium et la rhubarbe font voler en éclats et expansent en un voile aérien et transparent ; comme une poudre lancée en l’air. Ces notes plus fraîches et florales, portées par le Magnolan, une molécule de synthèse à l’odeur de pamplemousse et de rose transparente que l’on retrouve également dans l’Eau de Pamplemousse Rose, baignent le parfum d’une lumière éclatante dès les premières notes. C’est l’air, la lumière, la clarté qui met en valeur les aspects plus sombres et qui créent ensemble ce contraste propre aux chypres. La bergamote du schéma classique laisse ici sa place à son cousin le pamplemousse pour introduire avec douceur et éclat le vétiver, relevé d’une pointe épicée de cumin et de poivre, qui va peu à peu se déployer et ainsi permettre au chypre d’entrer plus facilement au XXIème siècle.

Arbre des filiations de Terre d'Hermès
Arbre des filiations de Terre d’Hermès

Dans cette optique de modernisation, la mousse de chêne n’est cependant pas laissée à l’abandon. Elle confère à Terre d’Hermès cet accent minéral qui lui va si bien et qui participe sans doute à cette note « silex » dont parle la pyramide olfactive officielle. Elle lui apporte aussi cette ténacité confortable aux notes de sous bois addictives, boostées par les bois modernes et l’Ambroxan qui permettent au parfum de bénéficier d’un sillage atomique. Une opulence atypique pour un masculin au sortir de l’hygiénisme et de la parfumerie masculine discrète de la fin du XXème siècle.

Terre d'Hermès Eau très fraiche, Hermès
Terre d’Hermès Eau très fraiche, Hermès

Transparent, terrien, un peu salé. Terre marque la peau d’une empreinte troublante et addictive, sophistiquée et évidente à la fois. Son succès n’est pas démérité et s’il s’inscrit comme un chypre nouvelle génération, alors Terre Eau très fraîche apparait bel et bien comme une version ultra-moderne de l’eau fraîche*. Tout se tient !

Le chypre prouve une fois de plus qu’il peut se conjuguer de façon moderne, en allant jusqu’à se glisser au hit parade des meilleurs ventes et même du côté de la parfumerie masculine. Est-ce la force de cet accord qui appelle le succès ? Est-ce qu’inconsciemment le consommateur y trouve une forme de parfumerie aboutie, complexe et sophistiquée qui le comble ?

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Pour retrouver l’ensemble des articles de la série de l’été consacrée aux néo-chypres :

(*) Eau fraîche : schéma classique reprenant les codes de l’eau de cologne (agrumes et notes florales fraiches) à laquelle s’ajoute un fond chypré. Tirant son nom de l’Eau Fraîche de Dior, cette famille non-officielle est souvent illustrée par Eau Sauvage, Ô de Lancôme ou Eau de Rochas.

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Une réflexion sur “[Les Néo-Chypres – E04] Terre d’Hermès, Hermès – L’Incognito

  1. Il faudra que je re-sente « Terre d’Hermès », notamment le parfum (1).
    Terre d’Hermès m’a toujours fait penser à « Patchouli patch » de Duchaufour, sorti 4 ans avant. (2006 et 2002)
    Pour une idée similaire (2), « Patchouli patch » me procure un ressenti tactile.
    « Terre d’hermès » ne m’émeut pas du tout. Néanmoins je me suis toujours réjoui de son succès en tête des ventes.

    (1)
    Kelly Calèche EDP et extrait, Voyage parfum, Calèche soie de parfum : Autant de bonnes surprises dans les formulations récentes.
    Les matières premières viennent éclater la structure, un vrai plaisir d’amateur de niche.
    En EDT, ces notese sont trop diluée et cachées (abstraites, soudées).

    (2)
    Patchouli patch m’évoque la terre battue des cours de tennis, cette poudre rouge brique qui se soulève avec les mouvements.
    Je ne joue pas au tennis.
    Patchouli patch est plus assumé avec son patchouli riche et terreux, son accord anisé, jusqu’à sa facette sparadrap (médicamenteuse).

    En comparaison, Hermès reste un parfum très bien construit, mais qui ne m’émeut pas.
    Il lui manque un côté « roots », qui fait que je le trouve très impersonnel, et donc je ne veux absolument pas le porter.
    Terre se résume donc à un paradoxe, pour moi :
    à la fois une innovation dans l’histoire de la parfumerie,
    à la fois un parfum générique car j’ai l’impression qu’il gommerait ma personnalité

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