[Les Néo-Chypres – E01] Coco Mademoiselle, Chanel – L’Iconique

COCO MADEMOISELLE EST L’EXEMPLE MÊME de ce qu’est le néo-chypre. Reprenant quelques accords de son parent Coco et une signature qui fait penser au magnifique et regretté Parure de Guerlain, il est devenu le chef de file de cette famille aux accents modernes. S’il n’est sans doute pas le premier du genre, c’est grâce à son succès commercial et parce qu’il pose une réelle démarcation dans la généalogie des chypres, qu’il deviendra LA référence.

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Pub Coco Mademoiselle, 2014 – source : http://www.parfumdepub.com

Pour comprendre cette révolution, replongeons-nous au début des années 2000. Angel de Thierry Mugler continue de s’imposer et reste en première place du Top 10 des ventes en France. Le N°5 se place deuxième, suivi par J’Adore. Dans ce classement se retrouvent encore les grands classiques comme Shalimar, Paris, Opium, Trésor et L’Air du Temps qui occupent respectivement les places 5 à 9 du classement(*), réussissant à maintenir fièrement et dignement ce cap du nouveau millénaire. Plus pour très longtemps hélas, car les années 2000 sont marquées par l’accélération des lancements et une multiplication des marques face à une demande accrue du consommateur. Les gourmands n’ont pas réellement fait leur entrée dans la cours des grands et l’ambiance est plutôt aux floraux-fruités shampouineux dans les lancements, encore largement influencés par la tendance hygiéniste des années 90. En 2001, Chanel décide de sortir un nouveau grand féminin et prend en compte ces codes du bon chic bon genre, floral-sage à tendance fruitée pour jeunes ingénues. Mais la maison de couture française ne fait jamais comme tout le monde et sait se démarquer comme personne. Chanel cultive un certain esthétisme mêlant rigueur et classicisme aux codes actuels et jeunes. Et ce, jusque dans ses parfums où le « style Chanel », probablement la patte de Jacques Polge, est facilement définissable et identifiable. Ces codes du nouveau millénaire, le parfumeur va donc se les approprier et les faire mûrir pour les amener plus loin, et surtout leur donner une allure digne de la maison Chanel.

chanel_coco_mademoiselle_eau_de_parfum_eau_de_parfum_vaporisateur_50ml_500x500Pour cela, il choisit d’ajouter au bouquet floral transparent « à la mode » une colonne vertébrale boisée et épicée faite d’un patchouli redistillé, ainsi débarrassé de ces aspects les plus liquoreux et sauvages. Il confère au parfum un aspect boisé sec, accentué par quelques bois modernes transparents et d’un vétiver largement dosé qui assombrit le fond du parfum et lui confère tout l’aspect chyprisant sans reposer sur la mousse de chêne, comme évoqué dans l’introduction de cette série de l’été. Cet accord, tout en verticalité et sans confort en apparence à la manière des vieux chypres, structure la fragrance et donne à Coco Mademoiselle une personnalité et une signature reconnaissable entre toutes.  Cette charpente, essentielle et diffusive, est assouplie par une note florale d’une part transparente et lissée par l’Hédione, par des notes aquatiques et des notes vertes, et d’autre part intense par un accord rosé, fruité de quelques fruits rouges (fraise, framboise…) et élancé par un géranium repris et amplifié plus tard dans Coco Noir. En départ, une orange aldéhydée explose comme une bulle de savon, propre et piquante. Quelques muscs loin d’être lessiviels finissent d’assécher le fond du parfum et lui confère un aspect « peau » tandis qu’une pointe tout juste gourmande et grillée d’éthyl maltol esquisse une trace gourmande qui se mêle à quelques notes anisées évoquant une réglisse toute en discrétion qui finit d’habiller le patchouli pour le rendre rayonnant. Ou comme un clin d’œil à la décennie qui suivra. Quoiqu’il en soit, sa caractériqtique

Ainsi, de Coco, son ancêtre de 1983, Coco Mademoiselle a gardé l’accord chypre qui structurait cet oriental de caractère, et en a même conservé la composante fruitée liquoreuse faite de rose et de prune, un peu dure en tête et avec un accent de verni à ongle, qui le signe et l’inscrit ainsi dans la descendance Chanel et dans la grande lignée des chypres fruités. Même si la marque le décrit comme un oriental dans son discours marketing, sa composante chyprée est indéniable ; au delà d’être évidente, elle est résolument moderne !

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Très vite, grâce à son succès auprès du consommateurs qui dépasse la qualité olfactive, il sera pris comme modèle ou considéré comme exemple par de nombreuses marques et parfumeurs pour s’en inspirer et créer des ersatz pour tenter d’en atteindre le succès. Il devient même si populaire que l’on observe un « trickle down »(**) de la note ; la signature olfactive est utilisée dans de nombreux produits fonctionnels, allant des déodorants aux gels douche. Parmi ses descendants, Jimmy Choo de Jimmy Choo en propose une réinterpétation encore plus sèche et radicale, plus boisée et rude. Un parfum d’ailleurs signée par Olivier Polge, fils du parfumeur Chanel, et qui détient maintenant les rennes de la maison. La parfumerie de niche n’est pas non plus en reste : Penhaligon’s lance en 2014 Empressa, qui offre une ressemblance à s’y méprendre avec Coco Mademoiselle. Même le client ne s’y trompe pas ! Enfin, Miss Dior Chérie s’offre en 2012 une refonte de son identité aussi bien visuelle qu’olfactive pour devenir tout simplement Miss Dior et proposer une fragrance se rapprochant à présent du succès de la maison Chanel.

Coco Mademoiselle n’usurpe pas cette appellation de chef de file et de référence. C’est un grand parfum, et le terme n’est pas trop fort. Un grand parfum du XXIème siècle, car nous avons maintenant assez de recul pour en juger, et ce ne sont pas le succès commercial ni les multiples parfums qu’il aura inspiré (qui s’apparenteront même parfois à du vulgaire plagia) qui le contrediront.

 

Pour retrouver l’ensemble des articles de la série de l’été consacrée aux néo-chypres :

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(*) Top 10 des ventes France pour l’année 2000.

(**) Trickle down : terme désignant l’utilisation d’accords issus de la parfumerie fine en parfumerie fonctionnelle.

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2 réflexions sur “[Les Néo-Chypres – E01] Coco Mademoiselle, Chanel – L’Iconique

  1. Bravo pour cet article. J’aime les parfums chyprés. Ils m’impressionnent et pas évident de les porter. L’un de mes préférés est « Jean-Louis Scherrer ». Mais pas fait pour moi.
    J’ai aimé Coco, j’ai toujours pensé que Coco Mademoiselle était une usurpation. Un truc marketing pour relancer le « vrai » Coco. Je l’ai ignoré, préférant Chance. Ai-je eu raison ?
    Il n’est jamais trop tard pour l’essayer…

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    1. Bonjour Messapia.
      Oui, les Chypres ils en jettent. Ils en impose. C’est pourquoi ils sont difficiles à appréhender et parfois un peu « froids ». Mais quel délice quand on on commence à les comprendre et que l’on réussit à lire ce qu’ils ont à nous raconter.

      Et non, Coco Mademoiselle n’est pas une usurpation. Un très beau coup marketing, certes, preuve en est son succès, mais qui relève plutôt d’une cohérence d’univers et de produit plutôt que d’un calibrage pour le marché.
      Chance est également joli, dans la même veine. A vrai dire je le connais moins bien.

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