Salomé, Papillon – Les ailes du désir ?

LA PARFUMERIE EST ARRIVÉE À UN TEL DEGRÉ DE FRÉNÉSIE de lancements de nouveautés et de demande de la part du consommateur, qu’il est aujourd’hui difficile d’être au courant de tout ce qui se fait. Qui plus est pour les petites marques indépendantes de l’autre bout du monde et qui ne sont pas distribuées partout. Ce constat, nous nous en rendons compte tous les ans lors de l’évaluation des nouveautés de l’année pour établir les sélections de l’Olfactorama. Nous essayons d’être le plus exhaustif possible, et c’est bien souvent très compliqué.

J’ai aussi un a priori sur les petites marques indépendantes, dont les fragrances sont créées par le créateur de la marque lui même, chez lui. En effet, c’est peu être un peu snob, mais le métier de parfumeur ne s’improvise pas un beau matin au réveil. Partant de cette idée, je suis plutôt peu motivé à aller de moi même découvrir des jus embouteillés dans des flacons standards, parfois très cheap ou peu valorisants, de marques aux concepts bancals, trop alambiquées ou disparates, pourtant loin d’être dénuées de sincérité. Alors j’attends qu’ils viennent à moi ; au grès d’une balade en parfumerie, en tombant par hasard dessus, ou bien sur les conseils d’un ami qui aura pris le risque en premier à ma place. C’est cette deuxième façon de faire qui m’a mené à Salome, le dernier parfum de Papillon (vous comprenez maintenant mon air récalcitrant à aller de moi-même vers certaines marques parfois ?). Mais connaissant la personne qui m’en a parlé, je ne m’attendais pas à y trouver quelque chose de mièvre et d’angélique, comme le laisse supposer le nom. Ah ça non ! En effet, j’ai plutôt été plongé dans une peinture orientaliste : contrastée, riche, foisonnante et sensuelle.

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Salome, Pierre Bonnaud

Liz Moores, la créatrice de la marque, avoue s’être inspirée d’une photographie des années 20 montrant un danseur à la pose érotique. Le nom, quant à lui, fait référence à Salomé, la princesse juive élevée en tentatrice sensuelle dans les récits bibliques. Ces inspirations charnelles et érotiques ne pouvaient mener, immanquablement, qu’à un parfum empreint d’odeurs animales en surdose. Cliché ? Nous allons voir ça !

Salome s’ouvre sur une rasade d’orange sanguine qui, mêlée aux bois et aux résines du fond, offre un départ liquoreux et juteux qu’ont ces parfums riches et authentique où les notes de tête ont peut d’importance et servent juste d’ornement. Tout arrive après…

Peu à peu, une rose embrasse la peau et lape les dernières gouttes de ce qu’il reste d’orange pour entrainer dans son spectre fruité et vineux les indoles d’un jasmin sombre. Aux notes florales, encore montantes, se mêlent déjà les relents de peaux de bêtes, de fourrures et d’épidermes échauffés qui ne sont pas sans évoquer l’animalité d’un Muscs Koublaï Khan, à la fourrure crotteuse parsemée d’inflexions florales aigrelettes. Les bois du fond, patchouli et cèdre me semble-t-il, assurent une structure plus droite au parfum et, cousus de santal et de notes fécales, ils prennent un étonnant parfum de noisette. Cela donne la sensation d’un pelage ondoyant et velouté, gras et légèrement lacté, qui se fond sur peau sans être qu’un inintéressant amas de matières animales importables, là même où pêche Peau de Bête de Liquides Imaginaires, un peu écœurant avec sa note miellée et lactonique. Salome se prolonge ensuite vers une texture qui se fait plus cuirée, très peau, réhaussée d’un musc sale et légèrement floral qui oscille d’animalité troublante en confort enveloppant.salome

Ce mélange de notes florales sur une composante animale en surdose n’est pas sans rappeler la construction de Nuit Noire de Mona di Orio, olfactivement différent, mais à la même tessiture épaisse, suffocante et chatoyante.

Salome évoque à la fois des parfums-fourrures du début du XXème siècle, de par son aspect riche et texturé, et les vieux chypres de caractère, par son patchouli animalisé qui reste sur peau au bout de plusieurs heures. Mais il s’inscrit aussi dans la mouvance de ces orientaux animalisés de la parfumerie indépendante ou de niche des années 2000 qui offrait une parfumerie subversive à grand coup de crottin pour faire frétiller les nez passionnés et attentifs. Si Salome parvient à rester sur le fil de cette animalité tout en restant portable et agréable, il lui reste un quelque chose qui manque encore un peu de raffinement et de clarté.

Dans ce tableau onirique, chatoyant et luxueux à l’atmosphère lointaines et déroutante, ce papillon de nuit aux ailes de fourrure et de désir, mérite que l’on s’y attarde.

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Une réflexion sur “Salomé, Papillon – Les ailes du désir ?

  1. Je pense qu’il est aussi intéressant et utile de se tourner vers les marques peu connues grâce au bouche à oreille notamment, et aux blogs bien sûr. C’est de cette manière que nous continuerons à faire vivre notre passion pour les parfums, un peu comme une transmission.

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