Les Fêtes, ça sent quoi ?

IL N’Y A PAS DE FESTIVITÉS AUTANT MARQUÉES PAR LES ODEURS QUE LES FÊTES DE FIN D’ANNÉE. L’hiver est peut être même la saison où elles sont les plus riches, les plus abondantes et multiples. La fin de l’année, c’est le repli vers le confort et l’atmosphère douillette de la maison ; peut être devient-on plus sensible à tout ce qui s’y passe, et tout ce qui y sent ?! Peut être est-ce aussi l’effervescence des fêtes qui marque intensément cette ambiance au fond de notre mémoire ? Dans les chaumières comme dans les cœurs, tout est saupoudré d’une fine poudre d’or qui rend tout plus brillant. La moindre attention, le moindre détail n’en est que plus précieux et revêt une importance particulières.

Mais on a tous nos madeleines, que ce soient des pains d’épices, ou bien même des galettes frangipanes. Proust n’a qu’à bien se tenir ! Les fêtes de fin d’année, l’atmosphère de l’hiver, l’odeur de Noël, vous avez été quelques uns à me la décrire en répondant à mon appel lancé sur la page Facebook de Musque-Moi. Et c’est sur le partage de ces quelques souvenirs que nous terminerons l’année 2015 en odeurs.

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L’ODEUR DEHORS

Sous les climats tempérés, l’hiver est loin d’être une saison morte d’odeurs dans la nature, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Si elle n’est pas la plus riche, nombreux sont les parfums qui se perdent dans les paysages glacés de la campagne. « Bien que le soleil me soit vital et que j’apprécie les beaux jours, j’ai toujours aimé la saison hivernale car elle cristallise pour moi des senteurs uniques. Si la nature est au repos en hiver, les sens ne sont pas endormis pour autant et l’olfaction ne déroge pas à la règle » nous raconte Claire, la plume de Papillon des Senteurs. « La plupart de ces odeurs me rappellent mes jeunes années passées dans les Alpes. Je crois que l’un de mes souvenirs olfactifs fétiches est celui de la neige fraîche : on reconnaît entre mille cette subtile senteur, à la fois vive et douce, cristalline et mystérieuse » ajoute-t-elle avant de conclure que cette fugace impression est un délice d’initiés.

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Arbres enneigés, photo : Musque-Moi

En effet, il faut y avoir été confronté de multiples fois, y être même né, et avoir été attentif au silence assourdissant d’un paysage sous la neige, pour saisir toute la finesse de son odeur poivrée et pénétrante, aussi acérée que le froid qui la transporte. On parle bien trop peu de cette insaisissable odeur, par peur de ne pas être pris au sérieux, en pensant que ce ne sont que des fantasmes olfactifs qui, bien trop personnels, ne pourront être réellement compris. Pourtant les allusions au parfum du froid et de la neige reviennent à chaque fois lorsqu’on demande aux gens quelles sont pour eux les odeurs de l’hiver et de la fin d’année : « pour moi, l’hiver c’est effectivement l’odeur de la neige et des branches dépouillées » avoue Ian.

MON BEAU SAPIN

« Pour moi l’odeur très caractéristique de cette période est le parfum résineux des vrais sapins de Noël de notre enfance, ceux qui perdaient leurs épines et qui embaumaient toute la maison avant qu’ils ne soient remplacés par les sapins Nordmann qui  ne sentent plus rien. » Simon, blogueur sur Notes de Cœur, aborde par l’odorat l’un des emblèmes de cette période de l’année. Le parfum pénétrant de l’arbre roi, à la fois vert, poivré et résineux, se répand quelques semaines durant au son cliquetant des aiguilles qui tombent sur le papier de la crèche. « Pour moi, ça sent la sève une odeur boisée fraîche et je dirais même un peu sucrée à mon goût » se souvient Cédric. Cette odeur est marquante autant qu’elle est communicative. Pour preuve les sourires qui se dessinent sur les visages lorsque le chemin des badauds croise le sillage ténu et mordant d’un vendeur de sapins. « Je me souviens de ce parfum d’hiver alsacien après une promenade au marché de Noël, celui du sapin qui embaume la maison ». Comme le rappelle très justement Tania, c’est aussi l’odeur du foyer en décembre, réconfortante et accueillante, lorsque la résine se mêle aux odeurs de cheminée ou de goûters de Noël. « Je pense à la cannelle et à ces savoureux gâteaux qui sortent du four. Doux souvenirs d’enfance dans lesquels je replonge avec délice » ajoute-t-elle.

CÔTÉ CUISINE, UNE PINCÉE d’ÉPICES

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Cannelle, photo source : aromemarket.com

« Pendant la soirée de Noël se mélangeait l’odeur des marrons qui compotaient dans la casserole pendant des heures à celle, plus subtile, des coupes de champagne » se souvient Simon. La cuisine tient une grande part dans le panthéon des parfums de Noël. D’abord parce que la fin de l’année est marquée par de nombreuses recettes emblématiques et des produits de saison qui sont presque devenus des incontournables de la table de fête. Mais c’est surtout parce que Noël et le Nouvel An se fêtent à table, autour de repas gargantuesques terminant en beauté une période de l’avent qui se ponctue de rituels gastronomiques  allant de paire avec la météo : des douceurs sucrées et bien chaudes. La cannelle d’abord, est inévitablement associée à Noël par les nombreuses spécialités culinaires qui l’utilisent. Du vin chaud au pain d’épices, en passant par les compotes, elle est l’épice souveraine des desserts et des douceurs de fin d’année. Puissante, elle réchauffe autant qu’elle fait voyager, parle à tous les nez et à tous les fins palais. Elle devient un « stupéfiant licite propre à rendre élégante et raffinée la plus française des pâtes, à lui donner en vérité la beauté d’un accent » comme le dit Philippe Claudel dans son livre Parfums. Le doux parfum enveloppant de la cannelle répond aux douceurs régressives. « Lorsqu’on poussait la porte de la maison, on retrouvait l’odeur du parquet ciré, des gâteaux et des biscuits à la cannelle et aux épices diverses que l’on mangeait devant un grand bol de chocolat au lait », se rappelle Ian en cherchant dans ses souvenirs d’enfance passée à Tübingen, en Allemagne.

Laure, passionnée de parfum, a grandi en Alsace et pour elle « ce sont plus particulièrement les bredele, de petits gâteaux sablés typiques aux amandes, aux noisettes grillées ou à l’anis, qui évoquent cette période de l’année. Mais aussi les senteurs d’épluchures de clémentine que l’on chauffe sur un radiateur ». Misent à chauffer sur un radiateur ou sur un fourneau, les écorces d’agrumes sont en effet une autre évocation forte de l’ambiance des fêtes de Noël. hf_c_pomander_spicyUne odeur que l’on retrouve d’ailleurs dans l’absolue de Fir Balsam (une espèce de sapin) utilisée en parfumerie, avec sa note de confiture de fraise, d’orange compotée et de résine. Car la mandarine et les conifères ont en commun la molécule de limonène, qui sent l’orange. Il n’y a pas de hasard !

Précieux éclats de soleil dans le froid morne et gris de l’hiver, les clémentines, bigarades et autre kumquats semblent apporter un reste de lumières accumulée dans leur peau parfumée. Mariés à la cannelle précédemment citée et à la girofle, on obtient l’un des parfums les plus emblématiques de Noël et sans doute l’un des plus anciens : « L’odeur du pomander c’est ça pour moi Noël. Et la bougie éponyme de Diptyque en est l’une des plus belles représentation », avoue Karine Chevalier, parfumeuse chez Olfactive Design. A propos de la mandarine, Juliette Faliu, organisatrice du Nez Bavard, se confie :  « En hiver, on a pas toujours le moral. Même si c’est une saison qu’on aime bien, le moral peut être gris. La mandarine, c’est un peu l’odeur de la bonne humeur… Le plus marquant c’est lorsque quelqu’un en ouvre une dans le métro : impossible de la manquer ! Chaque fois, j’ai l’impression que ça détend tout le monde, que des sourires se dessinent ». Avant d’ajouter que, plaisirs de la bouche obligent, « la mandarine c’est souvent l’odeur des repas et goûters en famille, autour d’une théière bien chaude et de petits biscuits. Des moments simples et lumineux, comme l’odeur de cette petite boule orange ».

NOËL ICI, NOËL AILLEURS

Les agrumes, ils sont loin d’être étrangers à Marc-Antoine Corticchiato, le nez de la maison Parfum d’Empire qui a grandi entre les orangerais du Maroc et le maquis corse. Tout cela lui a forgé une image un peu rustique, un peu sauvage, plutôt authentique et vraie des fêtes de fin d’année. « Pour moi l’odeur de Noël est bien évidemment liée à la Corse et celle du maquis, l’odeur des orangers de mon grand-père, de la terre et de la mousse humide, de la fumée de la cheminée alors que l’on est à l’extérieur de la maison, l’odeur des châtaignes », me dit-il, avant de rajouter, en bon vivant qui se respecte : « c’est aussi celle des premiers figatelli frais au feu de bois et celle des bruccio, ce délicieux fromage de brebis, qui m’a marqué ». A peine m’envoyait-il ces quelques mots, qu’il s’était déjà échappé de son laboratoire pour rejoindre son petit coin de paradis insulaire.

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Foggy Morning, Photo : Vero Kern

Lorsque je demande à Vero Kern si elle veut me parler de ce que sent Noël pour elle, elle accepte immédiatement. « Je trouve que c’est une très jolie idée d’en parler » me dit-elle. Pour elle, l’odeur de Noël est avant tout un souvenir d’enfance, en Suisse : « c’est le parfum des bougies sur le sapin » se confie-t-elle. Et pour une confidence, s’en est une, car cette réminiscence semble avoir d’une certaine façon influencé son travail de création. « Mon père a toujours insisté pour n’utiliser que des bougies en cire d’abeille naturelle, faites à la main pour l’arbre de Noël. Le parfum des bougies allumées, avec l’odeur résineuse des aiguilles de pin, était, et est toujours, quelque chose de très précieux et tout particulièrement divin pour moi. Mon amour pour cette odeur de mon enfance est toujours très fort, et la note de miel, qui se retrouve dans certaines de mes créations, n’y est certainement pas étrangère ! »

On remarque à travers ces quelques témoignages, que rien qu’en France, selon les régions, la culture olfactive autour de Noël est riche, variée et suscite beaucoup d’affection et d’émotion. Sans aucun doute votre souvenir sera de près ou de loin différent, et c’est pourquoi vous êtes invités à nous le raconter en commentaire de l’article, ci-dessous, mais quoi qu’il en soit, le parfum de Noël est sans doute l’un des plus pérenne dans notre mémoire olfactive !

JOYEUX NOEL !


Un grand merci à vous, Laure, Juliette, Vero Kern, Karine Chevalier, Tania, Claire, Marc-Antoine, Ian, Cédric et Simon de m’avoir livré ces petits bouts de vous-même. Prenez-en encore plein le nez pendant ces fêtes, et à bientôt…

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Une réflexion sur “Les Fêtes, ça sent quoi ?

  1. Très bel article, et le choix de la photo en tête est juste parfait. En portant l’autre jour Comme des Garçons première version, magnifique dans son galet doré, j’ai retrouvé l’odeur de certains gâteaux allemands confectionnés lors de la période des fêtes!

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