Farnésiana, Caron – Solifl-or

RARES SONT LES MIMOSAS EN PARFUMERIE. Encore plus rares sont les soliflores mimosa réussis. Si Champs Élysées de Guerlain offre une composition complexe et très 90’s autour de cette note, et si Mimosa pour Moi de l’Artisan Parfumeur propose une mélodie plus contemporaine, épurée et moderne du petit pompon jaune, ils n’en sont pas pour autant des représentations fidèles au naturel ; travail artistique d’abstraction et d’interprétation du parfumeur oblige. Car après tout, c’est le grand débat :  arriver à reconstituer note pour note le parfum d’une fleur au naturel, c’est bien beau, mais est ce que c’est intéressant à porter tel quel ? Eh ben ça dépend. Ça nous avance n’est ce pas ?

mimosa_fleurs_jaune
Mimosa, source : 1000-arbres.com

Il est utile d’arriver à retrouver l’odeur naturelle d’une fleur, pour pouvoir mieux la comprendre puis, par la suite, la déformer en tirant ses traits. Mais à quel moment est-il pertinent de proposer cette odeur telle quelle ?

Les soliflores littéraux, ne proposant ni interprétation, ni composition, ne sont pas inutiles, ils ne sont pas pour autant suffisants. La parfumerie serait bien triste s’il n’y avait que ça. Ils ne doivent pas non plus être présentés comme complexes, mais cela ne les empêche pas d’être construits, parfois grandioses. C’est le cas de Farnésiana, de Caron.

Farnésiana est un soliflore du plus pur style littéral sans pour autant être simpliste. Il reprend les plus subtils effets du parfum tendre et émouvant du mimosa sans en déformer les lignes, en l’étirant de la tête jusqu’en fond. Connaissez-vous la particularité de l’odeur de l’acacia dealbata, le mimosa de nos fleuristes ? C’est l’alliance d’une vague poudrée, anisée et amandée, qui se fond sur une note de miel à peine fleuri, le tout relevé par une légère touche verte et rêche de foin frais qui souffle une âme froide, impalpable, sur un corps chaleureux et douillet. C’est l’équilibre fragile entre ces trois aspects et ce contraste qui forme le parfum du mimosa. Farnesiana réussit à recréer la magie de cet accord.

Le départ du parfum se fait directement dans le cœur du sujet. Pas de fioritures, pas d’arabesques et de stylisation, on vous plonge le nez dans le bouquet de pompons jaunes. L’attaque commence par une légère note râpeuse et verte. Puis la sensation tendre qui suit, à peine fleurie et rosée, rappelle l’origine florale de l’acacia qui commence déjà, derrière, à déployer ses flots de poudre amandée et anisée. L’absolue de cassie, une variétée de mimosa à l’odeur plus verte et moins amandée, maintient ce qui pourrait ne sembler être qu’une héliotrope coumarinée sans intérêt en un véritable mimosa pas si simple et déjà vu. L’eugénol et son évocation d’œillet épice légèrement les notes douces et leur insuffle une verticalité. Une trace de jasmin, surtout présente les dix premières minutes suivant la vaporisation, complexifie l’aspect floral et donne de la profondeur. Des notes irisées, une violette et des muscs densifie l’aspect poudré de la tonka et de l’héliotrope qui esquisse vaguement cette odeur régressive à souhait de pâte-à-modeler ou de colle Cléopâtre.

tiger
Tiger, Franz Marc 1912 – franzmarc.org

Les muscs nitrés « à l’ancienne » (pas des muscs blancs lessiviels) compactent la composition et donnent à Farnésiana une sensation très « fourrure » et pleine qui peut vaguement évoquer l’esprit Guerlain (je ne citerai pas précisément Shalimar, pour ne pas qu’on pense que je fais des raccourcis trop rapides. Oups, c’est fait !). Ils lui donne surtout cette teinte surannée et cet aspect qui peut faire quelque peu daté au nez des novices. La lumière, qui émane d’une fleur qui se veut pourtant éclatante et rieuse, se fait plus dorée, fauve et automnale. Plus terne et mélancolique. Plus plombante et noire peut être, mais toujours chaude et enveloppante, radieuse et délicieuse. C’est ce qui fait toute la beauté de ce soliflore d’un autre âge, mystérieux et sombre, s’imposant en majesté, peint par couches et par aplats massifs qui se fondent et se répondent dans leur complémentarité et leurs contrastes. Quand je sens Farnésiana, je me sens comme face à un colosse, un monument ; je lève des yeux intimidés où se cachent quelques étoiles d’admiration vers une cime qui s’élève triomphante mais cependant rassurante.

Le trait précis, clair, juste, de ce parfum touchant, confortable et évocateur font de Farnésiana l’exemple de ce qu’est une parfumerie simple mais belle.

« Les grands-mères, c’est comme le mimosa : c’est doux et c’est frais mais c’est fragile… » [Marcel Pagnol]

 

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2 réflexions sur “Farnésiana, Caron – Solifl-or

  1. Pour avoir connu le Farnesiana des années 90 en extrait de parfum, l’eau de toilette actuelle est bien pâlote en comparaison. C’est vrai le départ est beau, printanier, ça dure au grand maximum 45 minutes, après deux heures, là le drame, il n’y a plus de tenue, de complexité, je me retrouve avec un parfum de peau et une simple amande sucrée. Grosse déception.

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