– Kenzo Power, Kenzo – Savonnette entre œillet et modernité…

Kenzo est une marque dont le rayonnement et la notoriété en parfumerie sont minimes mais pas inexistants, et ayant offert à plusieurs reprises des créations intéressantes, marquantes, parfois trop discrètes. La marque de prêt à porter de M.Takada a tout de même réussi, après de multiples lancements, à imposer l’un de ses parfums sur le marché en une création emblématique de la parfumerie du 21ème siècle, faisant même de Flower un classique qui reste aujourd’hui encore dans le Top 10 des meilleures ventes en France.

kenzo+powerEn 2008, Kenzo lançait un nouveau masculin nommé Power. Outre l’orthographe, l’inspiration de ce parfum est aussi très proche du grand féminin de la maison : il met en odeur une fleur imaginaire, « une tulipe sauvage, nerveuse et poétique, crayonnée de noir », là où Flower imaginait le parfum du coquelicot.

Si les équipes marketing ont sans doute voulu sciemment verser dans le flacon-fiole argenté de Power le pendant masculin de Flower, la suite de l’histoire leur a sans doute échappé. En effet, s’il répond parfaitement au brief, le parfum va plus loin, lorgnant vers d’autres horizons et d’autres inspirations. Ils n’ont pas pu mieux choisir qu’Olivier Polge et sa fleur boisée savonneuse pour incarner Power et mettre en odeur les lignes à la fois modernes et ethniques de Kenzo.

Le départ se fait sur une cardamome froide et verte, âpre, et une coriandre fraîche et florale qui, mêlées, me font penser à des vapeurs d’alcool de riz, à la fois montantes, poudrées et rosées. De Flower, il a seulement ce côté cosmétique rose/violette et musqué, mais il se fait plus cireux et savonneux. Son aspect général, très monobloc, est une étrange structure fluide, mouvante, ample, et intense à la fois. Son épaisseur olfactive le rend tactile. Les bois modernes, savamment dosés, le patinent, le rendent vibrant ; il enveloppe généreusement tout en paraissant aéré et diffusif.

L’alliance des notes boisées à celles de violette et de rose en font pour moi un descendant du Paris de Sophia Grosjman créé en 1983 pour Yves Saint Laurent. Comme la structure de ce dernier fait écho à celle de L’Air du Temps de Nina Ricci, Kenzo Power apparait donc aussi comme une brillante composition autour d’un œillet prenant son inspiration dans les représentations traditionnelles de ce dernier, ici à l’ancienne mais réinterprété dans sa facette cosmétique et proprette d’une façon étonnamment moderne. Pour être transposé au masculin, la rose de Paris est passée en mineur, juste pour signer la fragrance et apporter la facette florale élégante. Une touche irisée accompagne la violette et appuie les effets tactiles et la signature chic de l’accord, lui conférent une note qui peut évoquer celle de la poudre de riz ou du riz cuit. L’overdose d’Iso-E Super (note boisée-violette de synthèse), de salicylates (notes solaires et florales blanches) et de muscs blancs tous les trois déjà présents dans Paris se retrouvent amplifiés, retravaillés, distordus et complexifiés, pour apporter la trame moderne et aseptisée qui étire le parfum, lui conférant cet aspect « sous plastique » très contemporain.

power
Kenzo Power – Photo : Musque-Moi

A l’heure où fleurissent les shampoings, les déodorants ou les aftershaves sur les rayonnages des parfumeries, son apparence propre, terriblement chic, lui confère un air inattendu et original, et montre qu’avec un peu de volonté et de bon sens, si l’on veut flirter du côté de l’odeur du savon, on est pas obligé de tomber pour autant dans l’odeur de produit fonctionnel. Car avec son aspect savonneux et cosmétique, Power n’est cependant pas dépourvu d’âme. Son vague œillet le structure et lui donne du chien, tandis qu’il est rendu sensuel par les baumes (labdanum et Tolu) qui réchauffent et adoucissent le fond. Un peu à la manière d’un Infusion d’Iris, le faux-propre qui aime jouer les parfums purs et ingénus mais cachant un cœur addictif et grisant bien moins froid et insensible qu’on pourrait le penser !

Si Kenzo Power est le parfait équivalent masculin de Flower, il peut aussi apparaitre comme une variante complètement unisexe. Eau de toilette masculine bien trop méconnue, il est l’exemple même du parfum réussi, sans prétention, preuve de créativité et d’inspirations référencées mais qui semble être puni pour cela. Puni d’être trop joli, cohérent et différent. Puni de ne pas être assez tapageur, ou codifié masculin. Espérons que sa présence sur les linéaires perdurera encore plusieurs années…


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2 réflexions sur “– Kenzo Power, Kenzo – Savonnette entre œillet et modernité…

  1. Je le teste sur touche aujourd’hui. Les notes de tête, mi-agrumes, mi-épicées, m’ont vraiment donné un accord coca-cola. Pas désagréable mais un peu désarçonnant.
    Par la suite je perçois bien un effet floral qui se développe, sans pouvoir déceler la violette, mais bien l’iris, accompagné d’un effet thé qui prolonge le départ épicé frais. Au stade des notes de coeur j’étais persuadé de distinguer la patte de Daniela Andrier (j’ignorais qu’il s’agissait d’Olivier Polge).

    Je vois vraiment cet opus comme un parfum légèrement rétro avec un charme discret et suranné, dans la veine de certaines infusions de la sus-nommée.
    Un parfum savonneux mais pas savonneux-fougère. Quatre heures après vaporisation, je ne perçois pas distinctement les baumes, mais peut-être sont-ils là comme pour faire office de ‘matelas’ pour amortir les retombées des notes florales boisées

    merci pour cette découverte!

    peace

    ghost7sam

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    1. Salut Sam !
      Je vois ce qui peut te donner un effet « Coca » en tête. Effectivement ça viendrait des épices et d’un reste d’agrumes couplé à des baumes un peu cinnamiques en fond. Je ne le sens pas comme tel mais c’est pas absurde. C’est le problème de ce genre de produits alimentaires populaires, ou même de produits parfumés autres que le parfum alcoolique (genre les gels douches, les shampoings ou les désodorisants WC), qui donnent une connotation à certains accords en parfumerie.
      Pour l’effet « Infusion Prada », c’est complètement vrai ! Le même charme poudré, propret mais avec ce qu’il faut de sensuel/charnel très mesuré pour réchauffer le tout. Pour le rendre vivant quoi ! C’est ce que je mentionne dans l’article.
      En tous cas je suis ravi de te l’avoir fait découvrir. :)

      J'aime

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