Prétexte – Lanvin, 1937

Dans les vapeurs qui montent de mon flacon de Prétexte vintage, se distillent quelques restes d’un bouquet d’aromates aigris par le temps. Une introduction vinaigrée pour ce que furent jadis, selon les descriptifs, une bergamote et des aldéhydes – rien d’étonnant pour l’époque.

Analyser un parfum vintage demande du recul et une bonne connaissance des notes. Ce n’est jamais quelque chose de facile quand vous avez pour adversaire le temps, avec ses alliés la lumière et l’oxygène, et leur emprise sur les molécules odorantes. Les archéologues comprendront sans doute !

P1080298Passées les premières minutes quelque peu défraîchies, vient alors le cœur du sujet. En effet, il ne faut pas s’attendre à pouvoir évaluer la qualité des notes de tête chez un parfum qui a plus de 40ans. Il faut commencer à se faire son avis sur le cœur.

Dans Prétexte, ce sont des notes chaudes et enveloppantes qui se concentrent en coeur, un poudré « cocotte » très justement épicées. Un œillet se déploie, entre rose (maintenant un peu passée et « verni à ongle ») et ylang, on imagine le crémeux qu’il a du avoir par le passé. Il se vautre dans une poudre de cannelle, justement vanillée et généreusement amandée d’héliotrope et de tonka. Un vétiver boise la composition, accompagné de santal et d’opoponax. Le bois de santal et les muscs saturent la fragrance d’un aspect poudré diffus en se liant à une violette généreuse et savonneuse et à l’iris. La résine d’opoponax, elle, assèche l’ensemble et apporte la facette résineuse de bakélite chauffée qui lui est propre. Elle introduit déjà ce qui va suivre sous cet aspect féminin.

Dans le confort des notes poudrées et amandées évoquant l’Heure Bleue de Guerlain, en moins oranger, l’opoponax insinue une tension raide, qui tend peu à peu vers un fond cuiré de castoréum et de civette, sombre et souple. Une peau tannée, animalisée et épicé, indolente et insolente, qui me rappelle l’indécence d’un Scandal, un autre parfum créé par André Fraysse pour Lanvin 4 ans auparavant.

Ce qui est étonnant dans Prétexte, c’est sa dimension masculine sous-jacente qui se dévoile sur le fond du parfum. Le fond coumariné, couplé aux notes animales de civette et de cuir et au reste des notes rosées et aromatiques, forment avec la mousse de chêne et les bois du fond une structure qui fait écho aux fougères à l’ancienne, parfum masculin par excellence. Il en reste cependant un véritable parfum de son époque, fourrure et opulent, qu’incarna Yvonne Printemps.

13th November 1936:  French singer and actress Yvonne Printemps (1894 - 1977), sporting diamond bracelets and a bewitching gaze.  (Photo by Sasha/Getty Images)
13th November 1936: Yvonne Printemps (1894 – 1977). Photo by Sasha/Getty Images

Prétexte, Lanvin – Discontinué

André Fraysse, 1937 – Floral, ambré, épicé

Cette analyse est basée sur un flacon d’extrait des années 60.

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