Ode au Narcisse

Tu exposes, nonchalant, ta corolle au doux soleil printanier. Les rayons caressent, insouciants, ta nuque droite et tes courbes. Ta tête se penche, modestement en apparence, vers la terre. D’aucuns disent que c’est vers ton nombril.

Qu’importe, car le malheur est le même à celui qui décide de te relever la tête pour apprécier ton visage. Car tes yeux, tels ceux de Méduse, pétrifient ; ta beauté est mortelle.

Sauvage, cette esthétique simpliste mais structurée joue sur les épures et les contrastes. Fier sur ta haute tige, tes tépales s’élancent et se courbent en vrillant dans un effet de style qui joue avec la lumière. Tantôt crémeux, tantôt immaculés et rayonnants, ils éclatent autour d’un cœur flamboyant, où brille ta pupille espiègle. Ton iris incandescent est une provocation. Radieux il est une invitation à s’y plonger, yeux, nez et corps tout entiers.

Car si je m’arrête tant sur ta beauté, c’est qu’elle n’a d’égal que ton parfum ; celui qui cause tous mes troubles quand je m’approche de toi.

Après avoir caressé les fines lignes effilées de ton calice, je semble couvrir de baisers les courbes pâles de tes pétales en essayant de me délecter de tes toxiques vapeurs. Tel un drogué.

D’abord puissant et charpenté, suave et hypnotique ensuite ; complexe, sans aucun doute. De près, tu es une fleur blanche, à n’en pas douter. Piquant, vert, méthylé, ton parfum est montant et envoûtant. Tout juste relevé par une pointe épicée qui le rend acéré, il est au fond à peine poudré de quelques notes vanillées. Plus envoûtant et chaleureux sans doute. Tu voudrais jouer les parfums croisés ? Mi-lys, mi-tubéreuse, mi ylang, une odeur verte de fleuriste en sus. L’eau du vase et le suc vigoureux du printemps coulent dans tes veines, formant une substance épaisse et texturée qui coule dans la narine, mêlée d’une froide sensation métallique.

Narcissus poeticus…

Oh non ! Ne te vexe pas quand tout à coup je fais mine de tout savoir sur toi. Ce n’est pas si faux, car je sais que par ce suave sillage dont toi seul a le secret, tu vas essayer de me retenir alors que je tente, en vain, de toi me détacher. Plus sombre, plus cavalier, plus sauvage. Tu prends ton air conquérant, ton air de fleur du vent, avec toutes tes sœurs, tournées comme une armée d’immuables girouettes dans le sens de ce courant qui porte vers moi ton odeur équine. Un cuir floral qui me claque dans la gueule et qui me laisse un peu plus croire que sous cet épiderme se cache quelque chose d’animal. Tu me troubles, m’envoutes, m’estomaques, me surprends. Lorsque tu t’évanouis, pour mon plus grand malheur, avec le printemps qui fuit, ce ne sont que quelques pétales brunis et quelques crins de cheval odorants qu’il me reste pour mémoire au fond de mon esprit.

narcisse
Narcisse, Narcissus poeticus – Musque-Moi !
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2 réflexions sur “Ode au Narcisse

  1. Bonjour,

    Juste un petit mot pour vous dire que le nouveau design du site est superbe ! Ce texte très poétique aussi d’ailleurs…

    Félicitations !

    J'aime

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