Vacances Réédition 2015, Jean Patou – La clé des champs

VACANCES est une fragrance mythique auprès des passionnés. Créée originellement en 1936 par Hernri Almeras, ce parfum célébrant les congés payés a été réédité sous le nez et les pipettes de Jean Kerléo en 1980 dans « Ma Collection » avant d’être de nouveau arrêté puis ré-édité cette année par Thomas Fontaine pour la Collection Héritage de la maison Jean Patou, aux côtés de Colony et de L’Heure Attendue.

Si Chaldée, plus mythique encore, évoquait les huiles solaires de l’époque, l’odeur du sable et de la peau au soleil, exaltant les plus charnels fumets, l’ambiance qu’évoque Vacances est tout autre !
Moins estivale, moins bord de mer…

Vacances

Il faut imaginer l’arrivée des beaux jours, aux portes de l’été. Les jardins qui se chargent de fleurs, le ciel où domine le soleil et l’air qui s’emplit d’insouciance. Les dernières jacinthes exhalent leur visqueux et toxique parfum entre les branches des premiers lilas poudrés d’héliotrope qui se mêlent aux premiers foins et à la douceur caressante du tilleul. Angélique, innocent et insouciant est le bouquet bucolique de Vacances, mais pourtant rien de trop propre : les fleurs sont grasses et un peu sales, et l’accord œillet inévitable. Il vient piquer le bouquet d’une épice poudrée et piquante pour le draper d’un voile délicatement rétro.
Cet accord très cosmétique sera repris dans de nombreuses crèmes par la suite, ce qui évoquera sans doute à plus d’un quelques produits pour le corps, ou encore pour bébés. Mais sa touche aldéhydée et ses notes vertes ne le rendent pas si simple et passe-partout. D’un charme ultra-classique, c’est plus chignon et robe « Bonbon » pour un mariage à la campagne près de Deauville, que paréo et maillot de bain deux pièces sur la côte !10979692_854899697887284_1253942917_n

Mais quand elle est à la campagne, la jeune fille de bonne famille devient un peu sauvageonne…

Prendre la clé des champs et lancer à toute allure sa bicyclette sur les chemins de campagne, en direction du soleil, sur les routes bordées de platanes. Le soleil clignote entre les feuilles qui se balancent dans la brise. L’électrisante sensation d’enfreindre les règles. Foulard au vent et chapeau brinquebalant, courser le temps qui s’enfuit trop vite sur les collines caressées par la brise tiède du jour qui s’étire. Respirer ce doux parfum sucré et nostalgique de cette route qu’elle connait par cœur et qui la mène de village en village, perdus entre les arbres en fleurs, vers ce garçon qui ne restera par la suite qu’un amour de jeunesse.
Le temps passe, les images se floutent mais les parfums, comme les souvenirs, restent. Ceux des lilas, du tilleul, de la campagne et de son souffle dans le cou.

Nostalgie ou mélancolie ?
Il y a eu Après l’Ondée, et il y a eu Vacances

Publicités

6 réflexions sur “Vacances Réédition 2015, Jean Patou – La clé des champs

  1. C'est très bien reformulé. Les « jamais-contents » et les partisants du « quoi qu'on fasse c'était mieux avant » y trouveront toujours quelque chose à redire, mais le travail exécuté sur Vacances est comparable à celui sur Chaldée. On sent les différences mais c'est admirable de voir revivre ces jus et la ressemblance est fidèle.

    J'aime

  2. Je n'ai pas testé Vacances, par contre, j'ai trouvé Chaldée et Adieu Sagesse vraiment dilués et loin de la réédition de 1984. D'autant plus pour ce prix, aucune rémanence après une heure, il n'y a pratiquement aucune épaisseur en fond, c'est vraiment là où se situe la grosse déception. Rappelons tout de même que les rééditions actuelles sont loin d'être gratuites, 190 euros en France, 250 dollars aux États-Unis. À ce prix, je préfère acheter les flacons vintage de ces parfums sur eBay et profiter de très belles formules. Adieu Sagesse de l'ancienne réédition tient des heures et des heures, il est très poudré et épicé, et d'une incroyable modernité, c'est un bonheur. Je n'ai absolument pas retrouvé ça dans l'actuelle reformulation. Et puis les flacons et le packaging sont vraiment pas excitants.

    J'aime

  3. Chère/Cher anonyme,

    Effectivement, ont pourrait reprocher un manque d'épaisseur et une mauvaise tenue à ces reformulations. Pourtant je trouve que cet argument est facile. Le parfumeur doit jongler entre une formule originale et des réglementation parfois draconiennes sur les matières qui la composent. Il est difficile de faire sans certaines matières, pour exemple la mousse de chêne. Il est aussi difficile de garder une texture proche des anciens parfums, car si deux matières premières avait la même odeur et la même particularité olfactive en terme de texture et d'évaporation, que l'une pourrait donc remplacer l'autre limitée, ça se saurait ! Jusqu'à aujourd'hui, on remplace certaines molécules par d'autres mais à des dosages différents pour se rapprocher au plus près du rendu originel. C'est un véritable métier, tout un art, ça s'appelle la parfumerie technique !
    De plus, les deux parfums que vous citez.sont ceux qui soufre, selon moi, le moins d'un manque de tenue et de sillage. Leur diffusion est assez ample et ils sont tenaces. Chaldée et ses notes miellées arrive parfois à m’écœurer. Et pour avoir comparer méticuleusement les deux versions (années 80 et 2013) sur mouillette pendant toute l'évolution, les fond sont très biens et proches, hormis une différence sur les muscs et les notes animales qui est bien minime et ne change rien à l'esprit du parfum.
    Pour Adieu Sagesse, la tête est surprenante et assez déroutante car très moderne. Une rhubarbe verte et croquante qui introduit le crémeux gardénia. Cependant, je ne connais pas assez l'ancien pour être sur d'une réelle différence. Ce que je sais en tous cas, c'est qu'il dure plus d'une heure.
    Vacances, lui par contre, soufre vraiment d'un manque de tenue.

    On peut effectivement être exigeant envers les maisons qui souhaitent surfer sur la vague du vintage et ressortir leurs anciennes références. On a le devoir de l'être ! Cependant, il ne faut pas s'attarder sur des détails sans importance, ou essayer de trouver un défaut pour dire d'en trouver un. Les versions modernes seront TOUJOURS différentes des anciennes. il faut avoir ça à l'esprit, et s'estimer heureux de pouvoir avoir au moins ces ré-éditions aussi fidèles que possible.

    D'autres sont beaucoup moins soucieux et respectueux de leur héritage, et c'est eux qu'il faut plutôt montrer du doigt, selon moi.

    Merci pour votre avis Anonyme, et à très bientôt.

    J'aime

  4. Je donne mon avis en fonction du prix et le comparatif anciennes contre nouvelles formules. C'est vrai pour que le débat serve à quelque chose, de manière constructive, il faut approfondir le sujet.
    Déjà, je ne suis pas du tout anti Thomas Fontaine, il s'avère que j'aime beaucoup Joy Forever, que je le trouve nettement plus réussi et excitant que l' Eau Première de Chanel, un parfum versatile, à la fois sophistiqué mais pas inaccessible pour autant, portable la journée ou en soirée. Hors, je remarque qu'il est plus ou moins boudé par la communauté parfum sur internet, en tout cas on en parle moins que le dernier flanker de La Petite Robe Noire de Guerlain. Bon, c'est vrai qu'il a ses défauts, il ne cible pas les jeunes filles, rien que ça c'est très mal, on le sait bien et la pub est on ne peut plus mièvre. J'aurais aimé Juliette Binoche pour la campagne médiatique, une femme qui a de la trempe, elle a pas 12 ans et elle dégage une féminité intelligente et très moderne.

    Il est vrai que ces anciens Patou dans les versions Ma Collection font datés aujourd'hui, Adieu Sagesse est l'unique exception, je le trouve particulièrement classique rétro mais très portable, intemporel, et vraiment sensuel, j'ai eu le droit à des compliments en le portant. Probablement parce que bien qu'il soit poudré à fond, il est lumineux sans lourdeur, contrairement aux autres. Vacances est lui aussi lumineux mais dans la version 1984, a tendance à faire vieux savon parfumé.

    Je pense qu'en dehors des soucis de réglementations, le parfumeur a cherché à réactualiser les formules en leur apportant transparence et légèreté. Le problème c'est la rémanence, que l'on rencontre également avec les Hermèssence, des parfums vraiment chers et que personne sent sur vous et que vous ne sentez pas non plus. Se parfumer doit être un plaisir, même si je le trouve vulgaire et putassier, je préfère encore porter La Vie Est Belle que Jour d' Hermès, un parfum qui me fait bayer au corneilles, pour être polie.

    Emma

    J'aime

  5. vintage contre production récente
    Avec ces rééditions Patou, il faut sortir des poncifs.
    Là, on a les ingrédients naturels bien sélectionnés, ils sont frais, et le style du parfumeur les met particulièrement bien en valeur dans les notes de tête.

    Pour une fois je sens de la fraîcheur dans les parfums. Je retourne sentir ces patous. Ils ont l'effet d'une très belle étoffe très bien cousue.
    J'y sens de l'ampleur dans les notes de tête, une maximisation des ingrédients naturels dans leur qualité et leur quantité, et le parfumeur (?Fontaine) confère de la cohérence et de la clarté à ces parfums. J'aime ce style.

    Pour moi ce n'est pas une comparaison * aux classiques, c'est comme un arbre qui donne de nouvelles fleurs au printemps. C'est délicieux.
    Ces parfums se tiennent. On n'a pas l'effet « veille maison refaite à neuf mais encore bancale » de 90% des rééditions de grands classiques.
    * J'ai demandé comment Vacances se tient car je ne l'ai pas encore senti.

    J'adore les vintages, pour leurs ingrédients ambrés, leurs notes animales, leurs fleuris opulents, et certains effets de surdose rendu impossible désormais.
    Du peu que j'ai senti des rééditions, j'ai ressenti une grande liberté, du plaisir, du style. Bref de la volupté.

    Oui on trouve les vintage pour un prix approchant, mais ils y a différents publics?
    Et tant pis pour le prix et si je ne peux pas me les offrir.
    On est des passionnés non? On privilégie la qualité sur la tenue et la quantité. Bon bas voilà.
    Je préfère un parfum qui disparaît poliement (20mn sur la peau, 2h sur tissus) et qui me laisse le loisir de revaporiser, à un parfum moderne trop tenace.

    -oups- j'avais pas lu la dernière réponse.
    La comparaison avec Elena m'est venue aussi. Les hermessences manquent vraiment de chaire.
    Jour m'ennuie beaucoup aussi. Mais j'ai beaucoup aimer les notes de têtes d'Epices marines.

    Digression : je porte en ce moment Vol de nuit en EDT (2013 2014).
    Ca fait 3-4 ans que je suppute une stratégie de la dillution pour certaine formule : la formule regagne en cohérence tout en respectant l'ifra, au prix de devoir siphonner son flacon plus vite.

    C'est drôle comment la direction chez Guerlain a finalement décidé de passer à la trappe les notes de fonds qui ne collaient plus à cause des autres restrictions : adieu isoquinoline.
    Tant mieux, le fond s'alourdissait d'un effet « veille godasse » (tant pis pour l'effet chypre cuiré, Bandit était bien loin de toute façon)
    un effet « pomme blette » aux fleurs (genre relent de brut de fabergé)
    et un effet « carton mouillé » à l'accord ambré.

    Alors je peux survaporiser et réappliquer le parfum pour amplifier galbanum, jonquille, iris, et voile ambré.
    Défaut : on se rapproche d'un artisanat « beaux ingrédients sur une formule simplifiée ». Ca fait marque de niche qui sort un bon soliflore, une belle étude. C'est beau, c'est déjà ça.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s