[Fiche Matière] #2 Absolue d’Osmanthus

Il y a les fleurs qui sentent la fleur, et puis il y a les autres…

L’osmanthus est une fleur du XXIème siècle. Même si elle est utilisée depuis des millénaires en Chine et qu’on la voit déjà apparaitre dans « 1000 » de Jean Patou en 1972, elle ne reste pas inconnue de la parfumerie mais connait surtout un véritable essor à partir de l’an 2000, avec le lancement de « Osmanthus » de The Different Company. En effet, c’est avec le succès grandissant des marques dites « de niche », qui communiquent énormément autour des ingrédients utilisés et n’hésitent pas à lancer des « soliflores » ou des « solinotes », que bon nombres de matières premières sortent de l’ombre et deviennent tendance. L’osmanthus, tout comme la tubéreuse, la myrrhe, l’encens et bien d’autres, commence alors à faire rêver d’ailleurs exotiques.

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Osmanthus fragrans – source : Wikipédia

L’osmanthus, c’est au pays du soleil levant qu’il s’épanouit. En Chine, dans la province de Guangxi, cet arbuste se couvre de petites fleurs de couleur blanche à orange/abricot en septembre et octobre. Il appartient à la famille des oléacées, comme l’olivier, ou de nombreuses plantes odorantes (lilas, jasmin…). On l’appelle familièrement « olivier odorant », « osmanthus » venant d’ailleurs du grec « osmé » signifiant « parfum » et « anthos », la « fleur ».
En effet, ses fleurs puissamment parfumées, aux notes fruitées d’abricot, ont vite séduit l’homme qui les utilisa en confiture, gelées, liqueurs, et même ravioles, ou en infusion, mêlées au thé. Une dernière association qui n’échappe pas aux parfumeurs…

Velouté, dense et fruité à la fois, l’absolu d’osmanthus est la force tranquille. Riche de facettes lourdes et suaves, lorsqu’il n’est pas traité de façon éthérée et fraîche par des notes de thé vert ou d’agrumes, il a tendance, en composition, à densifier un parfum, le tasser, et presque parfois à l’affadir. Il impose toute sa profondeur dense, presque poudrée dans un effet de texture « peau de pêche ». La maestria du parfumeur, qui joue avec cette matière, réside donc dans un jeu de dosages et d’associations subtiles et efficaces pour le sublimer ou bien l’incorporer à merveille dans sa formule sans qu’il plombe l’ensemble.

Mais concrètement, à quoi ressemble donc olfactivement cette matière exotique ?
Véritable chimère, elle oscille entre une douceur enfantine, presque angélique, et la personnalité multiple d’une matière à trois tête : fleur, fruit et animal.

L’osmanthus charme par son irrésistible odeur d’abricots secs, confits, qui auraient même gardé la douceur veloutée de leur peau si douce. La prune, avec sa peau acidulée et juteuse se mêle au bouquet de fruits. Cette évocation fruitée et moelleuse est due, entre autres, à l’association de molécules bien connues en parfumerie : les ionones (à l’odeur de violette) la damascenone (à l’odeur de fruits blets ou secs), l’aldéhyde C14 (la pêche de Mitsouko !)…
Mais dès les premières minutes, on sent pointer, derrière, une odeur aigre, acide, grasse, qui rappelle le cuir du castoreum ! Enrobant les fruits, cet effet cuiré se lie à eux par des facettes tabac et florales, derniers témoins de la véritable origine de cette matière. Il fait ondoyer l’ensemble, presque à la manière d’une fourrure, conférant ainsi à cette matière bien végétale une âme purement animale ; sans pour autant sentir la bête.
Cuivré, orangé, brun où pointe un éclat vif de lumière dorée… l’absolue d’osmanthus se teinte de mystère lorsque vous en agitez une mouillette sous votre nez. Et pourtant, en parfumerie, il est presque exclusivement traité de façon transparente, douce et éclatante. Il est toujours éclairé d’une luminosité franche, et associé à une note de thé vert façon Eau Parfumée de Bvlgari.
Gommées les facettes cuirées, oublié le ronronnement animal sous le végétal… Besoin de lifter la matière pour les nez non avertis ? Clichés d’une vision très occidentale de l’Asie ? Peut être, mais aussi car l’accord est simple et efficace ! Pour faire un thé à la façon Jean Claude Ellena, pas de secrets : une bonne louche d’Hédione (un jasmin transparent et aérien) arrosée d’une rasade de ionone bêta (une violette âpre et verte). Et rappelez-vous de la ionone : elle est l’un des constituants naturels de l’absolu d’osmanthus. Le fondu est donc tout naturel…
On retrouve cette association dans Osmanthée, le prochain parfum du Cercle des Parfumeurs Créateurs, où Jean Christophe Hérault a rendu l’osmanthus tendre et lumineux, plutôt floral, en l’infusant dans un thé frais et en le couchant sur un bon lit de muscs blancs. Persiste la note duveteuse de l’abricot, mais de façon bien assagie et propre. Cependant, ce nouveau parfum autour de l’osmanthus a quelque chose de magnétique et de scintillant, et qui mérite donc que l’on s’y attarde !

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Osmanthus, The Different Company

Personnellement, je trouve que dans les nombreux soliflores osmanthus qui existent sur le marché, la fleur souffre sempiternellement d’un affadissement du à cette rectification des notes sombres, animales et cuirées/tabac. Que ce soit dans Osmanthus de The Different Company, revendiqué comme étant le premier, Osmanthus Interdite de Parfum d’Empire ou encore Osmanthe Yunan chez Hermès, on s’ennuie particulièrement sur la durée ! Alors que dans 1000 de Jean Patou, il apporte cette fameuse densité sombre évoquée plus haut, appuyant l’effet « parfum fourrure » et fondant le parfum sur peau. A quand un soliflore proposant un osmanthus « roots », originel, pur et facetté, où ses atours les plus profonds seraient exploités et exacerbés ? Mathilde Laurent avoue avoir un faible pour cette matière et vouloir la travailler dans un parfum dans un futur proche. Peut être l’une des prochaines et dernières Heures chez Cartier ?

L’Osmanthus serait donc une matière plus intéressante en composition plutôt qu’en soliflore ? A débattre !

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A lire également :
Matières premières, introduction et réflexions…

#1 Absolue de Mousse de Chêne

#2 Absolue d’Osmanthus

#3 Absolu de Gentiane

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3 réflexions sur “[Fiche Matière] #2 Absolue d’Osmanthus

  1. Quand j'avais lu cette fiche à l'époque je ne connaissais pas l'absolu d'osmanthus. Maintenant, plus je le fréquente et plus je l'aime! Et je trouve ça chouette que TDC ai su justement garder voire soutenir ces facettes cuirées et animales dans I miss Violet… elles sont tellement belles!
    Profite bien de ton jardin ;)

    J'aime

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