[Nouveautés] Sacred Wood & Imperial Tea, By Kilian – Une belle surprise !

Bon, il faut bien le dire, je n’attendais plus grand chose de la part de Kilian.
Vous non plus ?

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Asian Tales, By Kilian – source : http://www.bykilian.com

Après son Oeuvre Noire plutôt bien fichue et se tenant de bout en bout, sa gamme dorée au oud destinée à sa clientèle moyen-orientale et sa gamme blanche explicitement destinée à la Russie, ponctuées d’une collection aux consonances asiatiques (Asian Tales) lui ont collé une étiquette « prendre l’argent là où il est » sur le front. D’ailleurs, si quelques parfums de la première collection étaient appréciés des connaisseurs, comme la lavande noire et profonde de Taste of Heaven ou la tubéreuse séductrice de Beyond Love, rares sont les fragrances des trois autres gammes ayant marqué les perfumistas.
Il faut dire que les jus faciles, aux odeurs de shampoing ou de fruits sans subtilité, n’avaient rien pour s’attirer la sympathie des critiques.

Mais coup de théâtre avec les deux dernières nouveautés sorties début avril !


Sacred Wood – le Santal en majesté… 

Rares sont les santals de qualité sur le marché actuel. La raréfaction de la matière première naturelle, due à la surexploitation des arbres non replantés par la suite, ont conduit à une flambée du prix de l’essence de santal. Cette dernière, au fil des décennies, a été peu à peu remplacée par les molécules de synthèse, faisant presque oublier ce que sent réellement le santal au naturel : ni trop lacté, ni trop sec, une note de cèdre aux inflexions d’arachide et de coco. Subtil et délicat.
Tam Dao de Diptyque et L’Arbre de Iunx sont pour moi les deux seuls représentant fidèle (en solinote) de ce parfum aux connotations sacrées. A ces deux fragrances vient s’ajouter maintenant Sacred Wood, le santal très personnel de Calice Becker pour Kilian.

En effet, on raconte que cet essai était un projet personnel de Calice Becker, qui n’attendait qu’à être révélé au nez du monde entier. Kilian Henessy réussit à la convaincre de se laisser éditer dans la collection Asian Tales.

L’envol du parfum se fait directement dans le vif du sujet : un souffle boisé sec et mat, légèrement poivré et linalé, se laisse peu à peu traverser par un voile lacté tiède, infusé d’épices. Le cumin, surtout, crée un lien évident avec Santal de Mysore de Serge Lutens, grâce à cette note que je qualifie de « graine de couscous ». Une espèce d’effet « céréale tiède et douce », issue de l’association santal/épices.
Puis, un encens un peu métallique, presque iodé, minéral surtout, transperce à son tour ce bois pour en intensifier l’inflexion sacrée, et pour ne pas qu’il sombre dans le lacté gras.
Tout en finesse, pas si puissant, ce morceau de santal ciselé et orné est une petite pépite qui en ravira plus d’un, et où les notes de santal synthétique (qui me donnent d’habitude des hauts le coeur) sont incroyablement bien fondues pour donner l’illusion du naturel.

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Flacons – source : http://www.fragrantica.com

Imperial Tea – Jasmin en infusion…

Le thé au jasmin est un exercice assez répandu en parfumerie. Heureusement, le traitement est différent à chaque fois.
Dans cette version qu’elle avait originalement créé pour elle, Calice Becker nous offre un instantané le plus fidèle possible d’une tasse fumante, selon la marque. Soit. Mes amis semblent approuver. Il faut dire que je ne suis pas un grand connaisseur et encore moins adepte du thé, même si j’aime me délecter de ses arômes délicats lorsque j’en bois, mais j’ai été séduit par ce jasmin majestueux.

Gracieusement posé sur des notes vertes légèrement amères, ces boutons de jasmin sambac s’ouvrent dans une détonante envolée de néroli ; note oranger qu’il gardera tout au long de l’évolution. Certainement plus brut, plus austère qu’un Thé pour un été de l’Artisan Parfumeur, le jasmin de Imperial Tea se caractérise par cette note de latex ou de baudruche, c’est selon, qui interpelle et nous laisse perplexe. Entre le « J’aime » et le « quelque chose me bloque »…
Une touche juste sucrée, comme un suc de fleur, rend la composition délicieuse et appuie la délicatesse du trait de cette aquarelle faite comme une estampe japonaise, comme l’ukiyoé d’un jasmin peint au thé parfumé.
Reposant, apaisant et évident…

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Grâce à ces deux nouvelles créations, belles dans leurs simplicité et dans leur traitement délicat, Kilian nous surprend là où on ne l’attendait pas.
Deux chapitres pour clore la collection des Asian Tales, et qui nous feraient presque regretter cette fin inattendue. En espérant que ce ne soit que le commencement d’un renouveau !

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2 réflexions sur “[Nouveautés] Sacred Wood & Imperial Tea, By Kilian – Une belle surprise !

  1. ça fait un moment que je voulais dire un mot sur cet article.
    Sacred Wood est une 'Sacred' bonne surprise! En revanche, en comparant avec Tam Dao, je le trouve encore plus « matière »; avec une vraie impression de mettre le nez sur une essence de santal. L'opus de Diptyque (que j'adore) possède à mon avis un côté aromatique et résiné (au sens fir balsam et pin, pas résines orientales) qui refroidit le côté chaud du santal.
    Là chez Kilian, ça reste plus chaud je trouve, plus crémeux et donc plus fidèle à l'essence naturelle.
    Je suis presque certain d'avoir retrouvé son sillage sur une jeune femme d'origine asiatique dans le métro, c'était à tomber par terre!

    Sinon, pour la note graine de couscous, c'est drôle que tu en parles. moi je la sens distinctement dans les notes de tête de « De Baschmakoff » de TDC. Une note un peu froide (plus froide que tiède pour moi) mais de couscous cru (encore dans la boîte), que je reconnais car ma mère m'a fait des couscous à l'orientale pendant 20 ans (haha!)


    bravo pour l'article, et aussi pour le très récent et très bel article sur Patchouli Absolu de Tom Ford.

    peace–
    ghost7sam

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  2. Salut Samuel !
    Merci pour ce commentaire, et quelle chance d'avoir senti ce sacré bois dans la rue ! C'est vrai que le santal de Diptyque a un effet « résineux », j'aime ce côté « piquant » qui le relève un peu. Il est clair que le Kilian est plus travaillé, avec ses épices et sa touche d'encens, mais tout en naturalité.
    Il faut que tu sentes aussi L'Arbre, de chez Iunx. Avec les deux précédent, il forme le triptyque parfait de ce qu'est un santal en majesté !

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