Anatole Lebreton – Touchantes touilleries …

Depuis plus d’une décennie, le parfum et son approche ont beaucoup évolué, notamment avec l’apparition d’une sphère de passionnés, poussés par l’émergence des critiques – journalistes ou blogueurs – et leur fréquentation assidue de forums et autres sites participatifs.

Avec cette évolution du rapport au parfum, et surement couplé à un certain ras le bol du marché actuel ne satisfaisant pas le connaisseur, un nouveau virage commence à être pris par cette communauté d’amoureux des odeurs, avertis et chevronnés : passer de l’autre côté du miroir.

Si, en 2012, Séville à l’Aube a amorcé ce tournant, d’autres ont suivi. Lys Epona lui a emboité le pas. En parallèle, quelques parfums très confidentiels et développés de façon artisanale, ont été distribués au compte goutte et sur demande par Anatole Lebreton, parfumeur en herbe qui se cache derrière son Eau Scandaleuse et son Eau de Merzhine. Des fragrances originales et aussi signées que soignées, faisant écho à la parfumerie classique passée et racontant des histoires touchantes. Partons donc, dès à présent, à la découverte de celui qui revêt momentanément le statut de professionnel du parfum, ou qui semble bien parti pour s’y faire une place…

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L’Eau de Merzhin – Anatole Lebreton

L’Eau de Merzhin, un parfum d’herbes folles…

« Je voulais reproduire l’impression de prairie bretonne au printemps avec notamment l’aubépine, les herbes des champs et plus tard les foins », nous dit Anatole Lebreton, son créateur. C’est chose faite, et de façon particulièrement bien réussie.
Sur un aspect général vert un peu tiède, poudré et irisé, cette eau étonnante nous dévoile une profondeur inédite. « Je voulais faire un parfum vert mais sans agrumes ». Les notes de têtes piquantes, poivrées, alliant l’angélique et le galbanum dans un éclat de verdeur saisissant, laissent place à un cœur d’une rondeur infinie où le foin règne en maître. Le confort étonnant d’un matelas d’herbes sèches, accompagné par l’iris et le mimosa, prolonge l’aspect tout en vert de l’Eau de Merzhin en passant d’un vert anis à un vert émeraude. L’Eau de Merzhin, c’est aussi le souvenir d’une feuille mise à sécher dans un gros livre, entre les page craquelées et jaunies d’un vieux bouquin. C’est le souvenir d’une feuille de sauge oubliée dans la poche d’une veste. Le souvenir des grandes fermes remplie de paille à la fin de l’été et des parties de cache-cache entre les bottes de foin. Déconcertant de poésie et d’émotions. Anatole le voit d’ailleurs « comme une chose un peu poétique, une estampe. »
Une note animale, suave et ronde, de civette peut être, englobe cette ode au végétal, et par cette dualité des genres, le parfum semble prendre vie.

Le plus étonnant, avec l’Eau de Merzhin, c’est cette diffusion impressionnante, cette impression de texture épaisse et enveloppante. A cela s’ajoute une tenue parfaite. Et je peux vous dire que ce sont bien les deux choses les plus délicates lors de la création d’un parfum. Anatole avoue que ces détails techniques étaient les plus difficiles à réaliser. Un défi relevé parfaitement et qui a de quoi faire pâlir pas mal de jus actuels, développés par des parfumeurs professionnels.

Tout semble si bien ficelé, parfaitement imbriqué et fondu. Pourtant, Anatole Lebreton l’avoue : « comme je ne suis pas technicien, c’est presque les matières qui, en s’assemblant, m’ont guidé.

Livrer un bout de soi…

« Sentir l’Eau de Merzhin sur quelqu’un, au début c’était vraiment bizarre. Je voyais que les défauts, ou alors j’avais du mal à croire que c’était moi qui avait fait ça. Et savoir qu’on porte quelque chose que j’ai fait, c’est très touchant. » C’est un peu ça, la dualité qui réside dans la création de parfums : donner avec fierté aux autres quelque chose créé avec ses tripes, où l’on y a mis son sang et sa sueur. C’est livrer ses souvenirs, les mettre sur un plateau de façon bien arrangée. Ce n’est pas rien. De plus, le développement d’une fragrance prend du temps et se fait en parallèle de sa vie personnelle. Le créateur y associe donc, inévitablement, toute une série de souvenirs qui se bâtissent involontairement autour. Sentir et ressentir une création fait toujours remonter tout ce que l’on a vécu lors de son élaboration. Pour le meilleur, comme pour le pire.

« Le plus touchant, ce sont les retours que j’ai et qui me racontent que le parfum les a transporté ailleurs, dans la mémoire, les a fait rêver », raconte Anatole. « Ca me rend fier de ce que j’ai fait, alors que normalement je doute tout le temps. » Et c’est bien mérité !
Selon lui, c’est le fait d’utiliser beaucoup de matières naturelles qui provoque des réactions émotionnelles fortes. En effet, la richesses des essences, absolus et autre résinoïdes offre des parfums complexes et magnifiques, mais souvent brutes et s’apparentant aux odeurs que l’on peut croiser dans la nature, si l’on prend le temps de se pencher dessus. A l’image de la mousse de chêne, par exemple. Ce sont des décharges d’émotions pures, mais que les parfumeurs se doivent de magnifier grâce à tout un attirail d’autres matières.

On ne s’arrête pas en si bon chemin…

De la façon dont on ne l’a pas lâché et encouragé comme il l’a été après son premier opus, Anatole Lebreton ne pouvait pas se limiter à une seule création. Et bien sûr, une fois que l’on a pris plaisir à ravir les nez à l’affut en racontant un conte parfumé, on a du mal à s’arrêter : on a envie d’en raconter d’autres, et pourquoi pas de créer un recueil !

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L’Eau Scandaleuse – Anatole Lebreton

L’Eau Scandaleuse fut donc attendue avec impatience. Anatole raconte que l’inspiration de cette eau pas très sage est née d’un essai de recomposition de lys, « je l’ai raté et d’ailleurs son nom a longtemps été « lys raté ». J’avais fait une tubéreuse à la place, avec des notes un peu cuirées. » Il a alors décidé de repartir de cette base, là où les matières l’avaient mené, en accentuant les deux notes principales qui allait devenir l’accord principal de ce que serait l’Eau Scandaleuse : le cuir et la tubéreuse.
« C’était beaucoup plus urbain, plus trash. L’idée d’une femme un peu fatale qui traverse un atelier d’artiste ou un magasin d’antiquités. » Après un travail d’équilibrage, de ciselage et d’ornement, visant à arrondir la fragrance, la moirer et lui donner de la patine, Anatole Lebreton est arrivé à ce qu’il appelle « une main de velours dans un gant de cuir ». Une tubéreuse arrogante et dramatique, habillée d’une robe fourreau en cuir et tirant sur son porte cigarette qui sature l’air d’une fine fumée. Une pêche fond la fleur sur le cuir et enrobe le tout, tandis que les notes animales en excès rugissent et ronronnent sur peau. Outrageusement indécent. Délicieusement provocateur.

Et quand on lui dit que ses créations sont très abouties, digne des parfumeurs professionnels, Anatole se justifie modestement : « le truc, c’est que j’ai la chance de pouvoir faire tester à des parfumistas aux nez très exigeant. C’est un peu mon panel et, mine de rien, ça influence les essais et l’évolution du parfum. Même si au final, c’est moi qui tranche, et il faut que ça me plaise d’abord. »

On sait déjà que Bois Lumière, la prochaine création à venir de sieur Lebreton, sera un miel/immortelle. Les quelques essais que j’ai senti il y a bien longtemps étaient très prometteurs. Pour la suite, rien de clairement défini pour l’instant, et tant mieux ! On préfère attendre encore et encore, des créations réfléchies et soignées, développées en prenant le temps. Mais Anatole évoque cependant quelques pistes : « Il y a des choses sur lesquelles je travaille depuis au moins deux ans, sans trouver le bon angle. Le vétiver et la rose m’énervent parce que je n’arrive pas à quelque chose de satisfaisant. Techniquement, ils me résistent. »

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Retrouvez Anatole sur son blog et pour le contacter pour plus de renseignements sur ses créations, c’est à cette adresse : anatole.lebreton[a]gmail.com

 
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