[Fiche Matière] Introduction et réflexions…

Connaitre les matières premières n’est pas une nécessité pour apprécier un parfum. Les citer n’est pas non plus une obligation pour être capable d’en parler. J’ai longtemps hésité à lancer cette nouvelle catégorie d’articles, car je m’interrogeais sur son utilité ainsi que sur le succès qu’elle rencontrerait ou non auprès de mes lecteurs…

Cependant, connaitre molécules chimiques, huiles essentielles, résinoïdes et autres absolus est complémentaires à la maitrise de l’évaluation olfactive globale d’un parfum, de son rendu final. Cette connaissance n’est pas à négliger, car elle permet de comprendre le raisonnement de l’artiste parfumeur, son cheminement, son travail. Elle permet de saisir sa patte, sa virtuosité, sa maitrise technique (et c’est particulièrement là que la faiblesse de certains parfumeurs ressort ; leur sensibilité ou au contraire leur insensibilité à certaines matières)…

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Matières Premières de la Parfumerie – Musque-Moi

Entendre dire que parler de matières premières lorsque l’on parle d’un parfum est une chose inutile et réductrice, est tout aussi gonflant que d’entendre un groupe d’étudiants en parfumerie énoncer les molécules chimiques dans le parfum que vous êtes en train de leur faire sentir. Se cantonner au rendu olfactif plutôt qu’aux matières vous fait passer à côté de bien des aspects magiques des odeurs, comme passer d’un muguet à une rose ou un œillet en enlevant ou rajoutant une molécule, recréer sous vos yeux une fleur en plein hiver en agitant deux mouillettes imbibées de deux produits bien précis. A l’inverse, se cantonner uniquement aux matières premières vous fait passer à côté de toute la magie des parfums, de la puissance évocatrice de mots comme « rhubarbe » ou « noix de coco » à la place de noms barbares comme « acétate de styrallyle » et « aldéhyde C18 », et rendre ainsi une fleur magnifique et complexe comme le gardénia qu’une vulgaire association de ces deux précédents noms. Aujourd’hui encore, je voyais des étudiants présenter leurs compositions perso lors de portes ouvertes en citant dans leurs pyramides olfactives (qui se voulaient un peu comme des éléments de communication qu’une marque donnerait à ses clients) « hydroxycitronellal », « bacdanol », « héliotropine », « galaxolide », alors qu’il serait plus judicieux de parler de « muguet », de « santal » et de « musc blanc » pour faire saisir à l’interlocuteur, au lecteur, toute la subtilité de l’accord, l’idée qui se cache derrière. Où sont passés la poésie, le rêve et l’évocation ?

Comment dire ? Quand on vous dit « ahhhh… on sent vraiment l’isobutyl quinoléine dans ton accord, et le patchouli, et le cashmeran, et… », alors que vous les trouvez particulièrement fondus pour une fois tant ces matières peuvent être puissantes, vous avez juste envie de répondre « C’est normal, il y en a ! Arrête de citer les matières que tu y sens, ce n’est pas ce que je te demande, j’aimerais simplement que tu apprécies le rendu global et que tu fasses fi de cette étalage de culture des matières premières qui réduisent ta perception et tes émotions à… néant ! »
Comme me disait un ami il n’y a pas si longtemps « j’ai constaté que nous autres, étudiants parfumeurs, nous cherchons à deviner immédiatement les composants d’un parfums que nous sentons, ce qui bride d’une certaine manière notre faculté à ressentir, notre sensibilité. Un peu comme si nous étions des spectrophotomètres de masse. En ce qui te concerne ce n’est pas le cas. »

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Marmottes de matières premières – Musque-Moi

S’il fallait que je choisisse, personnellement, je préfèrerais ne pas connaitre les matières premières de façon précise pour me retrouver en face d’un « tout », évocateur d’images et de sensations, plutôt que de maitriser les matières premières, me retrouver devant un chapelet de matières qui s’égrainent une à une, et ainsi me focaliser dessus, les reconnaitre, les identifier et à avoir tendance à les sur-sentir alors que leur utilisation n’est qu’anecdotique.

Bref, savoir sentir, c’est savoir mêler ces deux aspects du parfum : maitriser les images autant que les molécules chimiques. C’est donc pour cela que je lance cette nouvelle thématique « Matières Premières », histoire de parler de ces essences naturelles émouvantes et complexes qui font la beauté des parfums, autant que les molécules synthétiques, amusantes et originales, qui permettent toutes les folies odorantes.

Retrouvez cette catégorie « Matières Premières » dans les onglets en haut de la page du blog, et rendez-vous très vite pour le premier article qui, je l’espère, vous intéressera autant que j’ai de plaisir à partager et écrire sur le sujet !


A lire également :
Matières premières, introduction et réflexions…

#1 Absolue de Mousse de Chêne

#2 Absolue d’Osmanthus

#3 Absolu de Gentiane

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6 réflexions sur “[Fiche Matière] Introduction et réflexions…

  1. J'ai hâte de lire la suite pour ma part !!
    Et tu sais à quel point je suis teeeeeellement d'accord avec toi sur ce point; La maîtrise des matières est importante lorsqu'on veut parler du parfum de manière complète, c'est normal. Néanmoins, se réduire à en parler (ou à ne pas en parler ! comme je peux le faire assez souvent d'ailleurs) n'est pas une solution forcément efficace.

    En tout cas, vraiment hâte de voir la suite =)

    J.

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