Parfum en société… ce diable invisible !

Le parfum révulse autant qu’il fascine et intéresse. Peut être même plus. C’est le constat que nous avons pu faire à plusieurs reprises avec des amis, dans différents lieux, avec des personnes de cultures et de natures très différentes.

Avez-vous déjà croisé un groupe de perfumistas, que ce soit dans la rue, dans le métro, ou au restaurant ? Ou peut être que dans ces perfumistas, il y a VOUS !
Généralement, ce n’est pas à la vue qu’on les repère, mais au nez, et accessoirement aux oreilles. Au nez car leur sillage surpuissant a de quoi mettre à genoux la Vie et Belle. A l’oreille, aussi, car ils braillent parfum dans tous les sens, avec de grands gestes de mouillettes, en se reniflant le cou et les poignets en éructant des choses incompréhensibles comme « ça sent l’cul » ou « on sent trop le DHM et l’IBQ », sous le regard médusé, interrogateur, souvent amusé des passants.

Mais même s’ils sont d’apparence joyeuse, ces perfumistas, vivant d’odeurs et d’eau fraîche, souffrent. Ou tout du moins, ils font le constat d’une société qui regarde le parfum en coin, une narine froncée et une moue au coin des lèvres. Avec ce rejet des odeurs, bonnes de surcroit, cela est révélateur de l’état actuelle de la parfumerie, ou au moins l’explique en partie.

Le simple fait de sortir 3 mouillettes et un flacon autour d’une table dans un restaurant vous vaudra, au mieux un simple regard accusateur de la part des serveurs, au pire un très gentil « écoutez, vos trucs là, ça pue jusqu’à l’autre bout du restaurant, ça dérange les gens qui mangent, alors vous êtes priez de les ranger ou de partir »(vécu).
Mais pourquoi une telle diabolisation du parfum ? Les mouillettes étaient faites depuis plusieurs jours, et rien n’avait été vaporisé à l’intérieur de la salle. L’air sentait seulement le fromage fondu de la spécialité du chef et le poisson bouilli. A la limite, les parfums que l’on sentait le plus provenait de nos cols qui s’entrebâillaient pour laisser s’échapper d’exquises odeurs. A part vaporisés juste sous le nez, les parfums n’ont jamais empêché quiconque de manger. Les romains, d’ailleurs, arrosaient les tables d’eau de roses et d’aromates à l’occasion de leurs banquets, et lâchaient des colombes imbibées de parfum pour qu’elles laissent tomber sur les convives de fines gouttelettes parfumées. Le bon vieux temps, diront certains !

Mais dans le métro, il y en a aussi qui ont bon goût …

Ne parlons même pas du métro, ou de tout autre moyen de transport, et des voisins de strapontin qui sentent le stand aux poissons du marché de Juvisy par un après-midi de juin et qui osent se déplacer en se cachant le nez parce que vous avez eu le « malheur » de vous parfumer un peu trop ce matin, ou d’utiliser un parfum qui ne réponde pas aux codes actuels de la parfumerie de masse. La banalisation des fragrances au sucre et aux fruits n’y est pas pour rien. Le formatage olfactif est une dure réalité.
A cela s’ajoute le besoin de trouver « un parfum doux et léger, que je sente mais qui ne dérangera pas les gens autour de moi » comme le disent beaucoup de personnes à la recherche d’un nouveau flacon. Quand on sent le sillage nucléaire de Invictus ou de La Vie est Belle, on se dit qu’heureusement, tout n’est pas perdu (trouvons quand même en ces deux parfums quelque chose de positif !).

Parfois, je déprime seul sur mon strapontin en réfléchissant à tout ça. Esseulé car parfumé.
Mais vous me comprenez vous. N’est-ce pas ?

Et vous, quelles sont vos tristes constats sur cette société qui renie le parfum ?

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9 réflexions sur “Parfum en société… ce diable invisible !

  1. Ah! J'ai éclaté de rire! Je suis habituée des parfums dits « orientaux »… que j'aime à la folie, mais que je « mange » assez rapidement. Les amis savent mes odeurs et me définissent par mon vieux Youth Dew dont je ne me suis jamais lassée. Comme je ne le sens plus sur moi, je dois faire attention – pour ne pas devenir le vilain petit canard – à ne pas m'en asperger, ce que j'aime pour garder l'odeur piquante qu'il développe au sortir du flacon.
    C'est vrai que je me censure si je vais au restaurant – mais dans le bus ou le métro, ah non!
    Bonne journée.

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  2. Je ne me suis jamais fait refoulé d'un restau. Mais j'ai peu fait ce genre de réunion dans ma vie, elles se comptent encore sur les doigts de deux mains.

    Marcher seul dans la rue avec une vingtaine de touches parfumées en éventail entre les phalanges, ça je l'ai fait une centaine de fois. Bien que je sois dans mon monde sans me retourner, le regard des gens me chatouillent. Je ne suis plus géné, je joue un peu avec, je mène la danse. J'ai l'impression que les parfums déjouent le « mauvais oeil », parce que je ne détecte pas les regards mauvais. Et j'aime me dire que je change les mentalités en montrant qu'on peut être un garçon et traîner des mouillettes à la main. Je m'amuse dans les files d'attentes à passer en revue les parfums Sephora quand les autres s'ennuie.

    Mes ballades au dehors me renvoient plutôt l'image d'une société qui aime les parfums. Odeur des boulangeries, odeurs du produit utiliser par les services municipaux pour nettoyer les rues qui changent selon l'endroit, odeur du marché au fruit de mer, odeur grisante de viande -cette graisse beurrée et brûlée- comme une offrande au dieu dont je me délecte alors que je n'en mange presque plus, odeur du magasin d'art indien et du magasin d'ésotérisme (encaustique, faux encens, aldéhyde, herbe aromatique = un peu de l'ADN de l'heure bleue), vapeurs des enseignes de parfumeries, odeurs de passantes.
    Même dans le métro, l'odeur d'un clochard -qui avait du se pisser dessus pendant 1 semaine- était bigrement intéressante (génialement puante, musk? urine? graillon? musc koublaï khan sans les fleurs avec plus d'urine).
    Tiens, quelqu'un pêle une mandarine dans les environs. Sève, zeste, bergamotte rosée, musk de mandarine.
    Barres chocolatées caloriques.
    Vendeurs de chouchou, vendeurs de crêpes, vendeur de marron (cette alerte « odeur de brûlé » vite caresser par le chaud des marrons qui roulent dans la main).

    Mais je mets rarement du parfum. Et je suis le genre de garçon qui ne repère pas quand on lui fait de l'oeil. Donc peut-être que je ne détecte pas les grimaces.
    Les plus drôles sont les interlocuteurs qui sont déconcentrés par le parfum une fraction de seconde, sans sembler comprendre ce qui leur arrive, d'où ça vient. Quand le parfum frappe en dessous de la ligne de flottaison, comme la pub. Car le manque de formation olfactive est une épée à double tranchant : on charme d'autant plus puissamment que l'autre ne décèle pas la nature de l'armes de séduction employée. Non?

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  3. Attention, je ne dis pas que notre société déteste les odeurs. Elles l'animent. Simplement, il semblerait que les odeurs « accessoires » comme le parfum la gênent énormément. Parfois ça semble même une honte de sentir le parfum, pour certaines personnes.

    Cependant, en dehors des gens qui se déplacent loin de nous car on a mis un pshitt de l'Heure Bleu ou de Femme en trop, il y en a d'autres qui sont attirés lorsqu'on vocifère à table en agitant de mouillette. Qui posent des questions, des étoiles dans les yeux, admiratifs, en demandant si on est parfumeurs. Et c'est là que la magie du parfum intervient : le partage.

    Dans ce bref article, j'ai parlé surtout du pire, mais c'est juste un constat pour lancer le débat, c'est tout.

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  4. Je ne voulais pas marquer d'opposition. En toile de fond, la société aime les odeurs. Les gens aussi même s'ils n'y sont pas toujours ouvert. C'est dans l'esprit des gens qu'il nous arrive de devoir livrer bataille.

    Au restaurant, trouver le temps de dire au serveur « Nous n'allons rien vaporiser dans l'air. L'odeur ne sera pas invasive et très localisée. Nous même nous avons besoin que l'odeur reste subtil pour ne pas avoir le nez saturé. Prenez-vous les devant ou avez-vous déjà une plainte d'un client? ».

    Avec un voisin de métro, le voir grimacer est un bon moyen d'ouvrir la conversation « Je vous demande pardon, est-ce que mon parfum vous déplaît? « Oui » J'en suis désolé. « Qu'est-ce que vous aimez d'habitude? »… Parce que les gens aime qu'on les place au centre de la discussion, et nous on aime parler parfum. Ils ont souvent un « non » de principe aux nouvelles odeurs, que nous avons appris à aimer au cours des mois. Ils sont dans un sorte de stade adolescent où dire non est une façon habile de s'affirmer -bien qu'un peu bornée-.

    ;) Je fais mon provincial. Les garçons de café parisien ont aussi leur réputation. Et les gens irrités dans le métro se sentent agressé par tout.

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  5. Votre article est très marrant et vrai. Je partage votre point de vue sur le parfum La vie est belle, au nom surfait, pas original, et à l'odeur nucléaire ou hyperchimique, c'est pareil.
    Lancôme a fait beaucoup mieux avant ex : Magie noire et Trésor. On dirait qu'il n'y a plus bcp de recherche, dans la création, et dans le nom du parfum des grandes marques. C'est juste du marketing, pour sortir une nouveauté de masse.
    De toute façon je prefère les parfums de niche ils sont plus subtils, raffinés, et moins portés que les parfums dits de masse( non je ne suis pas snob, j'adore les parfums, je trouve que les parfums des Sephora etc… sentent soit la lessive, soit le fruitpatchouli ou le frais mièvre.)
    Dans mon entourage proche, on me conplimente tjrs sur mes parfums. Meme parfois des inconnues dans les boutiques ou je vais, j'ai remarqué que ce sont plus les femmes, qui remarquent mes parfums. J'aime en changer, je ne suis pas fidèle à un seul parfum je trouve ça triste de sentir toujours le meme parfum.
    C'est très personnel la perception des parfums et très important. Je ne pourrais pas sortir de chez moi sans en mettre. Meme si je ne sors pas, j'en porte.
    Justement, quand dans la rue, on sent des mauvaises odeurs, ou sur quelqu'un assis près de soi, mettre le nez dans son écharpe parfumée, réconforte, et les éloignent.
    Bref pour répondre à votre question, je trouve que les gens en général, ont une bonne perception du parfum, sauf peut-etre ceux qui veulent tjrs sentir le propre et veulent vivre dans une société aseptisée, ce qui n'est pas mon cas vous l'aurez compris.

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  6. Bonjour,

    Ce que la société renie avant tout c'est notre animalité.
    A mort les odeurs de transpiration, pieds, cul etc mais aussi les poils.
    La barbe ok mais taillée ou en tout cas avec l'aval de la mode actuelle.
    A la décharge de ceux qui n'aiment pas la parfumerie il faut reconnaitre que autant on peur éviter de ragarder quelque chose qui nous déplait (le jean dégoulinant d'un djeuns ) autant s'empêcher de sentir un parfum désagréable est moins evident.
    A mon sens s'aspèrger d'un parfum (au patchouli par exemple) dont on sait qu'il indisposera (nausée, mal de tête pour certains) une partie de l'assistance est un acte on ne peut plus égoïste : « ca vous rends malade ? M'en fous moi j'aime ».
    Dons perso je recherche un minimum de consensus sachant que j'aime les choses qui dépotent.
    Par exemple Ambre Russe ne me vaut que des compliments, Cuir Ottoman plait aussi, mais je me refuse à porter le Patchouli pour homme de Reminiscence que j'aime pourtant. Je mets Sables uniquement en certaines aoccasions etc…
    A force de baigner dedans nous en oublions parfois que la parfumerie (et les arts en général) est vraiment un sujet anecdotique pour nos semblables. Essayons de la partager et non de l'imposer…

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  7. Bonjour Beurk, et merci pour votre commentaire très intéressant !

    Effectivement, il y a aussi du bon sens à avoir, et ce des deux « partis » si je puis dire.
    En effet, charger la dose est complètement stupide, même si quelque fois, il faut bien l'avouer, ça fait du bien. Quand ce n'est pas dans l'optique de gêner consciemment son entourage en portant 48 pshitts de Sécrétions Magnifique, je ne considère pas ça comme de l'égoïsme.

    Pour ce qui est du parfum en société, comme vous le mentionnez aussi, le parfum est « anecdotique ». Un simple produit de consommation courante maintenant. Quel malheur !
    Mais il se trouve qu'en faisant remarquer aux gens qu'ils sentent bon, dans la rue, dans le métro…etc, il peut se transmettre une « bonne parole ».
    « Bravo, c'est très joli ce que vous portez, c'est XXXXX n'est ce pas ? ». Là si vous êtes à paris, vous avez 50% de chance de vous faire bouffer par une parisienne mal léchée, ou dans le meilleur des cas, obtenir un sourire gêné et un « ohhhh désolé, j'espère que ça sent pas trop fort, mais merci ». MAIS NON CA NE SENT PAS TROP FORT !!! Toujours cette peur insupportable… mais cela créé aussi du dialogue car le parfum intrigue et fascine. Le parfum est un sujet qui rassemble comme je le dis souvent. Les gens sont avare d'explications sur le parfum quand on leur en parle. Donc tout n'est pas perdu !

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  8. Petite anecdote sur les parfums forts :

    Je porte Shalimar au quotidien et effectivement, je ne le sens jamais ou quasi jamais, excepté le départ sur peau après pulvérisation (je suis bien déçu de ne jamais sentir le fond du parfum d'ailleurs car c'est mon stade favori). Autres cas où je le sens, c'est le lendemain sur les vêtements portés la veille.

    Un jour de fin d'été alors qu'il faisait particulièrement chaud, allant travailler et préparer une rencontre chez un client avec mon commercial, j'ai fait « l'erreur » de mettre Shalimar en extrait. Comme on peut l'imaginer, le parfum a énormément chauffé sur ma peau et je pense qu'il devait développer un sillage impressionnant (je pense car moi je ne le sens pas).

    Arrivé au bureau, mon commercial m'a dit que j'avais « un parfum vraiment trop fort » et que pour une rencontre chez un client « ça pouvait être dangereux ». Apparemment on me sentait à 100m sans même avoir besoin de me voir.

    Du coup sentiment partagé, la joie de voir que même si je ne le sens pas, mon parfum ne se fait pas discret, et l'amour propre piqué de s'entendre dire que son parfum est dérangeant (surtout que son parfum à lui était fade, mais fade…).

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