[Interview] Vero Kern – Vero.profumo

 Pour compléter l’article au sujet du dernier parfum de Vero.profumo, Mito, qui a fait l’objet d’un article il y a peu, je voulais joindre une interview de sa très attachante créatrice : Vero Kern
Elle a immédiatement répondu présente avec sa bonne humeur qui la caractérise tant, et a réussi à trouver un peu de temps entre ses nombreux salons italiens et ses multiples présentations,  pour répondre à mes questions. Questions, qui, je l’espère, vous permettront de mieux connaitre son mode de création, ses inspirations, ou tout simplement vous donneront envie d’aller découvrir ses quatre fragrances, déclinées chacune en trois concentrations inédites.
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Vero Kern – source : sorceryofscent.blogspot.fr
– Mito mûrissait dans votre esprit depuis quelques temps déjà, ou bien est-ce une inspiration toute récente ? 

C’est la visite dans les jardins de Tivoli,  qui est l’inspiration qui se cache derrière ce parfum. C’était en 2009. Une expérience profonde et touchante.

– Vero, avouez-nous que vous avez mis un peu de vous dans Mito. Votre sourire peut être ? Ou au moins tout votre amour !
Ce jardin « renaissance » de la Villa d’Este, à Tivoli, lieu magique, m’a rappelé mon enfance : l’émerveillement et les rêveries d’un enfant, le monde imaginaire des elfes, des nains et des d’autres créatures mythiques, la croyance naïve au miracle de la vie, le trou de lapin d’Alice au Pays des Merveilles, et tant d’autres histoires… Tout cela est contenu dans Mito ; ce parfum est un sourire d’enfant !

– Votre collection apparait un peu comme un OVNI dans la parfumerie actuelle, et même dans la parfumerie de niche. Mais pour le coup, les amateurs adorent !
Mes parfums pourraient effectivement apparaitre comme un anachronisme dans le paysage de la parfumerie. Ils ne sont ni modernes, ni vieux. Ils sont très têtus.

– Comme vous ?
Oui

« Les parfums sont 
un prolongement du «soi» »

 

– Vous entretenez un rapport assez étroit avec les passionnés et les adeptes de vos parfums il me semble.
Je crée, tant il est vrai, pour moi et le résultat fascine en fait les amoureux de parfum. Ils m’apportent de la joie et c’est un plaisir de communiquer avec eux au sujet de mon travail. 

– Les parfums du passé, les grands classiques, sont-ils une source d’inspiration essentielle pour vous ?
J’aime les parfums classiques. Pour moi, ils étaient toujours l’expression d’un certain Zeitgeist(*), de l’élégance et de l’avant-garde, d’un artisanat magistral et créatif, et surtout de l’identité et de la personnalité. Les parfums d’aujourd’hui se portent de banals vêtements. Aujourd’hui ceci et demain cela, le matin encore autre chose que le soir.

Pour moi, les parfums sont un prolongement du «soi», une condensation de la personnalité, de son propre style et je travaille sur des fragrances qui mettent l’accent sur ces aspects. Je ne pourrais jamais m’imaginer créer un produit de masse. Même dans la parfumerie artisanale. Ce serait pour moi une vulgarisation totale. C’est pourquoi je suis et je serai toujours très excentrique dans mes parfums !

– Comment se traduit cette excentricité ?

L’excentricité dans ce cas se réfère à ma décision particulière de créer en aucun cas des produits de masse. Jamais ! Peut-être qu’on peut parler ici plutôt de manque de compromis au lieu d’excentricité. 

– Votre apprentissage du métier semble y être pour beaucoup dans cette appréhension et ce goût pour les classiques.

Effectivement ! J’ai eu la chance d’apprendre le métier aux côtés de Monique Schlienger, dans les années quatre-vingt-dix chez Cinquième Sens à Paris. Elle avait été elle même formée par Jean Carles, chez Roure à Grasse. Je peux dire que ma formation par Monique Schlienger a définitivement influencé mon style. Dès lors, je savais que je voulais créer uniquement ainsi, dans ce style classique.
Plus tard, j’ai visité plusieurs fois et longuement l’Osmothèque, à Versailles. En ce lieu magique, je me laissais présenter et expliquer les parfums par Jean Kerléo et Jeannine Monguin, qui, par chance et pour mon plus grand bonheur, étaient encore sur place. Ils m’ont ouvert le champ olfactif du passé, des parfums Coty, Houbigant, Balmain, Guerlain, Patou, Schiaparelli, Dana, Caron et Lubin.

J’ai étudié les structures et les matières premières de ces œuvres. Ainsi, j’ai pu profiter et apprendre à fond de ces deux parfumeurs expérimentés, et connaisseurs de cette grande ère du parfum qu’étais le XXème siècle. C’était le bonheur total!

84ad7-44201– En parlant de grands parfumeurs : vous vous sentez plutôt Jean Carles (Miss Dior, Tabu, Ma Griffe…) ou plutôt Germaine Cellier (Vent Vert, Cabochard, Fracas…) ?
J’adore le style et les créations de ces deux parfumeurs. Mais il serait présomptueux de me comparer à eux. J’essaie sans cesse de développer mon propre style. 

– Comme eux, êtes-vous plutôt intuitive et empirique (Cellier) ou méthodique et appliquée (Carles) ?

Je fais mon choix pour un nouveau parfum de façon très intuitive. J’entends par là que je n’ai pas de plan de création. Je suis guidée par des fantasmes de toutes sortes, par des thèmes qui me fascinent totalement et que je voudrais ensuite interpréter olfactivement.
Pour la mise en œuvre, le côté plus technique, j’utilise la méthode Jean Carles, comme je l’ai apprise chez Cinquième Sens.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur ce qui se passe en coulisses ? Vous nous avez laissé sous-entendre que le prochain Vero.profumo serait une rose. Mais quel genre de rose ?

Je travaille effectivement sur un parfum avec une forte composante de rose. Cela signifie que la rose fait partie de l’ensemble de la création, mais elle est déformée par des éléments, des composants supplémentaires. Ce sont des parfums comme Nahema ou Chamade qui m’intéressent. D’une part, ils sont rosés, mais ont également une sensation abstraite, très lumineuse. J’adore ce type de création.
J’entends déjà des nez qui frétillent rien qu’à l’évocation de Chamade et Nahéma. Nous somme tous très impatients de sentir ce que pourrait donner une rose par Vero Kern, abstraite et inspirée de grands classiques.

Que diriez-vous d’un petit « portrait chinois », histoire de terminer sur une note légère cette interview ?

5851f-vero_kern_sepiaSi vous étiez…

Une Couleur ?
Le vert émeraude.
Un animal ?
Un singe.
Une fleur ?
Un iris noir.
Un élément naturel ?
Le feu.
Un pays ?
L’Écosse.
Une ville ?
Istanbul.
Une matière première de la parfumerie ?
L’absolu de fleur d’oranger.
Si vous aviez vécu à une autre époque ?
Pendant les Années Folles !
Si vous aviez créé un parfum d’une autre marque ?
Poison, de Christian Dior.

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(*)Zeitgeist : terme emprunté de l’allemand et signifiant « dans l’air tu temps ». Il dénote le climat intellectuel ou culturel d’une époque.

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