Parfum rime avec Jardin – Chapitre 4 : Les Baies…

C’est la rentrée !
Et qui dit « rentrée », dit « fin de la série de l’été ».

Pour ce dernier chapitre, j’ai décidé de vous emmener vers des contrées un peu plus délicates en parfumerie. Des notes plus répandues que le lys ou l’acacia, beaucoup plus vendeuses aussi, car totalement dans l’air du temps. Pas moins jolies d’ailleurs, au naturel, ou en parfumerie lorsqu’elles sont bien exécutées ; elles souffrent malheureusement de préjugés qui leurs valent des regards souvent méprisant ou de dégoût de la part des perfumistas. Ces notes, ce sont celles de fruits rouges ou noirs, de baies, fraises, framboises, cassis, groseille et j’en passe…

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Le fameux coin existe bel et bien … !

Au fond du potager et des grandes lignes plantées de pommes de terre, de salades et de haricots, se cache un lieu au frais, paradis des enfants, petits ou grands pourvu qu’ils soient gourmands. Les pieds dans les fraisiers, les feuilles chargées de rosée, on s’accroupit sous les branches des groseillers chargées de grappes d’un rouge orangé lumineux. Le regard émerveillé comme au pied des gigantesques colonnes d’une cathédrale, on fixe avec envie ces petites boules translucides qui semblent réfracter la lumière rasante de cette matinée de juin. Nos doigts attrape une de ces baies aguicheuse. La peau rompt sous la dent et toute l’acidité fruité contraste avec l’astringence des pépins.
Il suffit de se tourner sur la gauche pour ramasser une poignée de framboises. Mon fruit préféré ! Duveteuses et mûres à point, le nez au dessus de ce délice, je m’enivre de leur doux parfum boisé ; violette, cèdre et pointe verte. Malheur lorsqu’une punaise, ou tout autre insecte d’ailleurs, a décidé de passer sur l’une de ces baies et d’y larguer une boule puante. Vous savez, cette verdeur âcre et cinglante, qui pourrait tout à fait être l’odeur d’un poison, qui met instantanément mal à l’aise et révulse le malchanceux qui tombe sur le fruit pollué. Ce goût qui reste sur la langue et qui nous stoppe instantanément dans notre euphorie.

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Fruits rouges…

Alors que sous nos pieds continue de s’étendre le parterre de fraises des bois, qui développent leur parfum bien particulier de sucre et d’anthranylate de méthyle au fur et à mesure que la température monte, notre nez nous emmène plus loin, sur la droite.
Les grappes d’un rouge étincelant laissent peu à peu place à leur cousine plus sombre, à la robe d’un noir mat des cassis pulpeux. Alors, l’air s’emplit de leur parfum aromatique résineux, poivré et musqué. Les doigts qui se promènent sur leurs feuilles se retrouvent imprégnés de ce parfum à la fois fruité et soufré. Dans leur version fraîche, comparé à la groseille, le cassis et son arôme plus complexe, plus typé, plus intense, plus tannique également, plait plus difficilement. Et pourtant il fait fureur dans la parfumerie depuis quelques années.
La raison ? L’arrivée dans la palette du parfumeur de la fameuse « base cassis » de Firmenich, un cassis fruité et radieux, mais bien lifté comparé à la beauté rustre et complexe de l’absolu de bourgeon de cassis des Laboratoires Monique Rémy.
Seconde raison : comment reproduire le parfum de la groseille alors que c’est un fruit qui n’a pas d’odeur ? Oui, le chalenge peut être intéressant, Kenzo l’a fait avec le coquelicot dans Flower. Mais tandis que la personnalité du cassis repose sur de vraies particularités facilement identifiables et immédiatement reconnaissables, la groseille n’est qu’eau, acidité et âpreté tannique. Je serais le premier à vouloir relever le défi cependant. Mais il est évident que ce genre d’interprétation réfléchie, intellectuelle, disons le franchement, est loin de conquérir le marché actuel. Du moins pas dans le mainstream, et dans bien peu de marques de niche qui s’abaissent à la facilité.

Une seule maison, à ma connaissance, a réussi à se sortir des fruits dégoulinant de sucre et à proposer une baie rayonnante que j’identifie comme étant une groseille. Mais pas que…

4e83a-crfc107037_0_cartier_fragrancesC’est L’Heure Folle, une heure durant laquelle Cartier nous invite dans un jardin idéal et généreux, une heure où l’on abandonne tous nos soucis d’adultes et où l’on s’abandonne à l’insouciance et aux réminiscences.

Imaginez… Vous êtes dans ce coin de verdure que je tentais de vous décrire plus haut. Étendu dans le même parterre de fraisiers, les feuilles perlées de rosée respirent la fraîcheur. Il forme une assise moussue et verte, un peu râpeuse, base de ce moment bucolique où le temps suspend son vol. Éclat. Vous regardez vers le ciel d’un bleu infini les rayons du soleil qui passent entre les branches des groseillers ployant sous le poids de leurs grappes. Transparence. La lumière rougit par endroits lorsque certains rayons transpercent les petites boules gonflées de suc. Opacité. Les feuilles des framboisiers se froissent, et celles des cassissiers s’échauffent, entrelacées de chèvrefeuille fougueux et de roses anciennes au charme fou. Leurs parfums parviennent à votre nez et complètent ce tableau à l’aquarelle.

Trop souvent utilisées pour leur côté régressif, les notes de fruits rouges sont « casse-gueule » dans le sens où, à l’heure actuelle, les marques ont tendance à en mettre partout et à les surdoser en sucre, voire à prendre la version transformée : la confiture ou le coulis. Ce qui leur vaut bon nombre de préjugés et de connotations négatives.

Et pourtant !
Les notes fruitées sont aussi essentielles en parfumeries que les notes florales, animales ou boisées. D’ailleurs, toute la parfumerie repose sur l’alliance de ces quatre familles qui se répondent : le jasmin et ses notes de melon et de fruits possède aussi des inflexion animales de par ses indoles, le cèdre de l’atlas et son caractère confit est également ronronnant et félin…

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Retrouvez toute la série « Parfum rime avec Jardin » :

Introduction : « De la Botanique et du Jardin »

Chapitre 1 : Les Iris

Chapitre 2 : l’Acacia

Chapitre 3 : Le Lys

Chapitre 4 : Les Baies

 

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2 réflexions sur “Parfum rime avec Jardin – Chapitre 4 : Les Baies…

  1. Merci LD (quelle honte, je n'arrive pas à retrouver qui se cache derrière ces initiales !) …
    L'Ombre dans l'eau est effectivement une belle utilisation de la note cassis. Je trouve l'inspiration poétique et belle (les bouquets de roses fraichement cueillies s'alliant aux cassissiers que taillait une amie des fondateurs de Diptyque) et la fragrance est presque devenue un classique.

    Merci pour le commentaire et à bientôt. :)

    J'aime

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