Jardin Noir, Tom Ford – Lys Fumé et Jonquille de Nuit

Alors que vient de sortir la nouvelle collection annuelle de Tom Ford, quatuor intitulé « Atelier d’Orient », revenons plutôt sur la précédente série, « Jardin Noir », teintée d’une couleur chère au styliste américain.

Parmi Ombre de Hyacinth, Café Rose, Lys Fumé et Jonquille de Nuit, ces deux derniers sont sans doute ceux qui évoquent le mieux cette ambiance sombre et mystérieuse.

Lys Fumé – Fruit défendu…

Le lys semble revenir en force dans la parfumerie actuelle. Même s’il a marqué occasionnellement les sorties au fil des années (Un Lys, Lilly & Spice, Rubrum Lilly …), il n’a jamais vraiment provoqué d’engouement comme la tubéreuse, le jasmin ou plus récemment le gardénia. Cependant, quelques récentes sorties comme Lys Fumé, Baiser Volé, la bougie Lys Casablanca, Lys Epona, Lys Soleia, Beige ou Vanille Galante le font revenir sur le devant de la scène.

Le traitement du lys est une chose délicate, car il apparait ne jamais faire l’unanimité au sein de la sphère des amateurs. « Mais ça ne sent pas le lys ! » est une chose que l’on entend plus souvent d’un parfum construit autour de cette note, qu’un « ça ne sent pas la tubéreuse » ou un « ça ne sent pas le jasmin ». Le gardénia semblerait être atteint du même syndrome d’ailleurs, comme le prouve les nombreux « Not a gardenia » de notre critique international Luca Turin.

Quid de ce Lys Fumé, donc ?

Du lys, il garde cette profondeur narcotique et enveloppante, tout juste épicée, cette épaisseur tendre et lactée, comme un pétale gonflé de désir.

beb1f-tumblr_m3n5xvedsh1qlnndio1_500Mais Lys Fumé ne joue pas sur la carte « fleur blanche » pour autant. En conservant des traits propres à cette famille, comme le narcotique ou le suave, elle préfère se draper de pétales noirs éclaboussés de prune et de bordeaux, jouer de sa robe en drapé d’un violet profond en la faisant voler par à-coups, et troquer ses facettes les plus florales contre des notes de fruits cuits qui pourrait lui donner de faux airs de gardénia, justement.
Poire compotée, pomme au four caramélisée, coing en réduction… Acidité d’une peau ayant accroché au fond d’une casserole en cuivre, contre chaire molle et sirupeuse juste sucrée comme il faut. Un contraste sucré/acide très justement dosé, envoûté d’un vent d’épices chaudes comme des paroles qu’on vous murmure à l’oreille, susurrées par une bouche vermeille.
A moins que celle-ci s’apprête à croquer dans ce fruit mûr à point, à la sensualité exacerbée par la vanille…

L’ambiance est feutrée, tendue de pourpre et de noir en velours. Dans ce salon tout juste éclairé de quelques bougies, les bouquets de lys sont bien là. Mais depuis quand ? Ils distillent déjà leurs derniers relents vanillés avant de se flétrir un peu plus, et leurs étamines pulsent les derniers grains poudreux d’un pollen à l’amertume qui tâche.

Jonquille de Nuit – Luminosité noire… 

Traiter la jonquille est un pari audacieux.
Déjà car c’est loin d’être une fleur qui fait rêver, mais aussi car, contrairement aux autres fleurs, son parfum ne fait pas partie de la « bibliothèque d’odeurs les plus courantes » de la personne lambda, contrairement à la rose, à la fleur d’oranger ou au jasmin, par exemple. rares sont les personnes qui revendiquent être à la recherche d’un parfum rappelant la jonquille !

Pourtant, l’inspiration est belle.
D’une fleur au jaune un peu criard réussissent cependant à naitre des brassées de rayons de soleil dans les froides journées de fin d’hiver. Pourquoi Tom Ford a choisi cette fleur plutôt qu’une autre ? Ça restera un mystère !
Et pourquoi la voir plutôt comme une créature nocturne ? Sans doute que la réponse se trouve dans l’interprétation olfactive de la jonquille.
La jonquille et le narcisse (à ne pas confondre) ont des parfums très différents. La première est plus fraîche et florale, de type jasminée, tandis que le second est beaucoup plus animal, cheval, foin vert, et aux notes florales tirant plus du côté de l’ylang.

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Diane Kruger – theskinnystiletto.wordpress.com

Pour représenter sa jonquille, Tom Ford s’est donc servi d’un jasmin. Rien d’étonnant jusque là, me direz-vous. Mais justement, ce parfum n’a rien d’étonnant, il est simplement classique et élégant. Pas de fastes, de vanilles faciles, de oud clinquant, de bois synthétiques… Un jasmin ciselé de notes complémentaires dans les teintes jaunes pailles et lumineuses. Absolu de narcisse, notes anisées, absolu de mimosa, avec toutes les notes que ces matières nobles impliquent comme le tabac, le foin et le miel… du classique vous dis-je ! Le fond pourrait même rappeler Champs Élysée de Guerlain, par certains aspects du mimosa.

Mais le noir dans tout ça ? Le nocturne ?
Il faut le trouver dans le personnage qu’incarne cette jonquille mortelle. Car ce parfum est celui d’une blonde incendiaire. Son suc vert anisé sent le poison. Fille de truand, épouse de gangster… et maîtresse de banquier, pour le bien d’une affaire !
Robe fourreau blanc cassé, visage angélique aux yeux dans lesquels on se noie, perles et fourrure si besoin, ses plaisirs sombres puent la poudre à canon et le cyanure.
Elle vit pour l’argent, pour la gloire, pour elle. Même ses compagnons de routes ne savent s’ils peuvent lui faire confiance.
Dans la nuit, elle capte chaque rayon de lumière, et tel un prisme sa beauté la fait rayonner. Son charme est certain, son caractère est noire, sa beauté est rayonnante, son aura est sombre.

Avec cette promenade dans son Jardin Noir, Tom Ford nous invite une fois de plus dans son univers olfactif toujours aussi élégant, raffiné, recherché, soigné et étudié. Sans doute l’une des maisons offrant le plus de belles créations, autant dans le secteur plus confidentiel de la niche que sur le marché du mainstream, c’est aussi l’une de celles qui affichent les prix les plus élevés.
Justifié ? Non, je ne pense pas.
Surtout qu’il semble y avoir un petit problème quand même avec ces fragrances, aussi belles soient elles : leur évolution s’effondre quelque peu, soit parce qu’il manque quelque chose, un lien, entre deux partie du développement, soit parce que le fond tombe dans quelque chose de plus banal.
Combien de temps resteront ces créations au catalogue ? Certainement plus pour très longtemps.
Il me tarde d’approfondir un peu plus mon avis sur la gamme suivante, « Atelier d’Orient », dans laquelle Fleur de Chine et Rive d’Ambre m’ont fait de l’œil.

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