De la botanique et du parfum …

S’il y a bien une chose que je suis pressé de retrouver, après la famille bien sûr, lorsque je quitte Paris pour la province profonde lors de mes vacances, c’est le jardin !

Botanique et parfumerie sont intimement liées, et même si je perds peu à peu mes connaissance en l’une, et que je ne cesse d’en gagner dans l’autre, je ne passe pas une journée sans me rappeler que c’est  là qu’est né mon amour des odeurs et du parfum.

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A la fois retour aux sources, donc, je foule les allées de pelouse comme je me promènerais sur les chemins de mon passé. Les courbes des massifs ont bien changé, depuis plusieurs années. Le nombre de plantes et la variété des cultivars aussi d’ailleurs. La population des rosiers et des iris à probablement être multipliée par cinq, au moins, et si je pouvais, je doublerais encore le nombre, tout comme j’aimerais pouvoir en emporter un bout partout avec moi, de ce coin de repos, de replis, de méditation.

Les plantations se sont étoffées, pour former par endroit des emmêlements de plantes savamment orchestrés entre fleurs sauvages et variétés horticoles. Ça me rappelle, un peu, le mariage des matières naturelles et synthétiques en parfumerie. L’un ne fonctionne pas sans l’autre, dans mon appréhension toute personnelle des parfums. Les fragrances estampillées « Tout Naturel » et « Bio » me font bien rire et m’emmerdent, tous comme les gens qui posent systématiquement la question « oui mais, est ce que ce parfum est naturel ? ». Les marques conceptuelles, modernes, ultra désincarnées et basées sur l’innovation et la force des matières synthétiques , elles, me font l’effet d’un menu MacDo : ça a l’air cool, ça fait envie à première vue sur la photo, en fait c’est fade, et en plus ça nourrit pas ; reste plus qu’à trouver un bon restau, ou bien rester sur sa faim jusqu’à ce soir !
L’absolu de Tubéreuse, c’est magnifique, dinguissime même ! Sous son départ acre, à la limite de la « remontée acide dans la gorge » et de la soupe de légumes, les facette florales et grasses collent à la peau grasse à l’irrésistible facette lactée et se mêlent à une douce odeur de foin vert. Mais s’il n’est pas porté par des salicylates, des muscs, des aldéhydes, et d’autres matières dites « à effets », cet absolu, en composition, se casse la gueule bien vite. Le diamant brute, pour qu’il resplendisse, doit être taillé, ciselé et serti. C’est ainsi que la tubéreuse de Carnal Flower (aux Editions de Parfums Frédéric Malle) est magnifiée pour être exacerbée, travaillée et poussée en avant pour resplendir de façon presque naturelle, justement.
A côté, Vamp à NY, de Honoré des Prés, fait bien pale figure, sans pour autant en critiquer ici la qualité ou la beauté. C’est déjà bien plus qualitatif que les parfums de la gamme Fleurs de Bach, dans le même registre « Bio » !

Si on veut du parfum 100% naturel, donc, il ne faut pas le porter, mais plutôt le planter !
Rien de mieux qu’un carré d’iris, un parterre de thym, un buisson de ciste ou une haie de rosiers pour admirer à l’état pur les parfums que nous offre Dame Nature. Là, ils peuvent être appréciés à leur juste valeur, et se permettre d’être dépouillés de tout artifice, puisqu’ils sont à leur place, dans un contexte précis : celui de séduire pour leur survie !

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Carl von Linné

Car oui, la fleur n’est autre qu’un organe sexuel exposé à tous les vents, on doit bien l’avouer. Et c’est sans y réfléchir, et innocemment, que nous, pauvres animaux que nous sommes, y fourrons notre nez, sans même une arrière pensée. Ou tout du moins, c’est ce qu’on croit !

Carl von Linné, grand botaniste de sont temps, avait d’ailleurs été accusé de « franchir les limites de la décence » et comparé à un « auteur de romans obscènes » lorsqu’il proposa sa classification des plantes basée sur le nombre d’étamines, de pétales et de pistils. Classification qu’il avait nommée d’ailleurs « système sexuel ». Pauvre homme incompris. Bon, d’accord, il l’avait peut être un peu cherché !
Et pourtant, il expliquait si justement et poétiquement ce qui nous trouble inconsciemment, j’en suis persuadé, chez toutes ces scènes orgiaques à ciel ouvert : les pétales « servent de lits nuptiaux, que le grand Créateur a fait si merveilleusement avec des draps si nobles, et avec des senteurs aux parfums si doux que le jeune marié et son épousée peuvent célébrer leurs noces avec une grande solennité. » Tout est fait pour nous happer le nez au centre de ces replis charnels.
Nous nous faisons avoir, comme des animaux primaires, abeilles, colibris, chauve-souris et autres nectarivores servant d’intermédiaire de fécondation. Oui, dit comme ça c’est pas glamour ! Quoiqu’il en soit, nous sommes bel et bien manipulés par un être vivant certes, mais d’un tout autre règne : les végétaux arrivent à influencer les animaux. Cela va au delà de tout ce qui est d’habitude admis. L’homme, si fier soit-il, manipulé par une fleur ? Ridicule !

Et pourtant… 
Je n’irai pas jusqu’à dire que l’odeur d’une rose a, sur moi du moins, autant de pouvoir que celle du musc, du castoréum ou de la civette. Les odeurs animales ont, parenté oblige (quand l’animal parle à l’animal…), une influence beaucoup plus forte sur nous, humains, que celles des fleurs qui nous semblent tout de suite plus « asseptisées ». Cela est sans doute due en partie à leur utilisation comme objet décoratif et au parfumage des produits quotidiens avec leurs essences, mais aussi à l’hypothèse évoquée plus haut : la différence abyssale entre le règne végétal et le règne animal, deux mondes qui sembles à l’opposé l’un de l’autre.
Amalgame d’images, association d’idées, différences physiologiques de base… Et pourtant, nous sommes irrésistiblement attirés par certains de leurs parfums, enivrants et narcotiques. Tubéreuse, chèvrefeuille, ylang, jasmin, fleur d’oranger, rose, narcisse…  toutes ont en commun une facette animale. Chaire, sueur, suint, crotin de cheval, replis de peau macéré, ce sont des odeurs « qui nous parlent », de la même façon que nous susurre de gentils mots doux la trace de civette au fond de Shalimar, tout cela de façon complètement involontaire de notre part. Certes, on pourra toujours débattre sur le sujet, parler de l’innocente odeur de la violette ou de l’odeur poudrée, cacaotée et vanillée de la fleur d’iris, mais touchés en plein cerveau reptilien, dans nos comportements les plus primaires, il nous faut bien l’avouer : le parfum d’une fleur a une emprise non négligeable sur nous, au delà de tout attachement sentimental.
Depuis des millénaires, l’homme s’obstine à les mettre en flacon et à s’en enduire généreusement. C’est pas pour rien !

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« Au cœur des draps … » – Géranium Lavender Pinwheel

A cette manie de fourrer mon nez dans chaque fleur passant à portée de narine, est venue s’ajouter celle de froisser chaque feuille passant à portée de main, pour saisir également toute leur âme parfumée, qui se cache, pour certaines, jusque dans leur sève. Après tout, si les plantes s’exposent aussi docilement, c’est bien qu’elles veulent se faire caresser ! ;-)

Et sinon au jardin en ce moment ? C’est l’explosion !
Entre deux rayons de soleil (enfin !) se distillent dans l’air le parfum poudré des iris, qui se mêle à celui suave et miellé des seringa et des acacias. Les roses sont en boutons, et promettent un beau spectacle aussi bien visuel qu’olfactif, qui débutera d’ici une semaine.
Descendez vous aussi dans vos jardins, dans les parcs, ou même chez votre petit fleuriste ou dans la jardinerie du coin. Les lantanas sont en fleurs, et leur parfum miellé n’a rien a voir avec l’odeur fruitée des feuilles froissées. Les œillets répandent leur parfum épicé et vanillé, tandis que les feuilles des cassissiers bruissent de leur odeur fruitée et soufrée en balançant leurs grappes de fruits verts. Les hémérocalles jaunes exhalent leur souffle jasminé jusque dans l’air tiède du soir.
Un geste de la main dans les touffes de menthe, de mélisse, de thym et de lavande, et c’est un tourbillon de senteurs aromatiques aux teintes vertes et cristallines qui nous montent aux sinus comme un vent frais et désaltérant.
Il y a tant à découvrir dans les allées des jardins. Prenez le temps, soyez curieux, et votre culture olfactive n’en sera qu’enrichie !

fc400-2Je vous propose donc, pour les jours en les semaines qui vont suivre, quelques billets mêlant botaniques et parfum. Anecdotes, sensations, émotions, secrets et histoires seront au rendez-vous. 

Alors restez dans le coin… 

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Retrouvez toute la série « Parfum rime avec Jardin » :

Introduction : « De la Botanique et du Jardin »

Chapitre 1 : Les Iris

Chapitre 2 : l’Acacia

Chapitre 3 : Le Lys

Chapitre 4 : Les Baies

 

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4 réflexions sur “De la botanique et du parfum …

  1. Toujours aussi saisissante de facilité votre plume!
    Merci encore pour ce bel article qui ose évoquer notre goût animal pour les odeurs et ce talent que vous avez de suggérer les correspondances olfactives entre fleurs et chairs…Beaucoup aimé le « cerveau reptilien »!

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  2. Hello,

    Très joli style ^^ et puisque vous évoquez Carl von Linné, qui entre autres, rencontra Jussieu à Paris, vous pourriez peut être bien quitter  » la province profonde  » pour aller en pleine ville admirer le Palmengarten de Francfort ( j'y ai vécu d'où ce choix ^^ ) ou filer aux USA visiter le jardin botanique d'Arizona consacré aux plantes du désert, à moins que ce ne soit déjà fait. Ici alors c'est simple ( encore et oui ) nous avons un jardin botanique niché dans un très beau jardin très 18ème et un jardin botanique d'inspiration contemporaine très accessible en tram, la station étant éponyme donc carrément à côté.
    http://www.palmengarten.de/#/de_DE/index/index/

    Palmengarten, Francfort sur le Main

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  3. Merci Bernard, pour les compliments et votre lecture assidue de mes articles ! ;)
    Je suis heureux de voir que cette série vous plait.
    Et c'est rare de vous voir commenter ici. D'habitude c'est sur la page Facebook ! D'un côté, comme de l'autre, vos commentaires sont toujours les bienvenus, en tous cas.

    A bientôt, ici ou là bas, donc.

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  4. Les parfum « naturels » des fleurs de bach et honoré des prés, ce sont les seuls que vous avez senti? Je comprends alors que le naturel vous fasse bien rire…
    Il existe des parfums naturels bien plus racés, avec bien plus de classe et de caractère, mais il faut se donner la peine d'aller les chercher sur internet… On ne peut pas juger des parfums naturels rien qu'en se basant sur ce qui se vend en magasin en France…

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