Lilas & jacinthes, le printemps suggéré en flacon …

On a failli attendre le printemps !
Enfin, bon… là on a même eu l’impression de passer directement d’un hiver de 6 mois à l’été, avec les températures que nous avons eu hier. On ne va tout de même pas se plaindre : le beau temps semble bel et bien là.

Fleurs de prunier – photo source : musque-moi

Le mauvais temps persistant, gris et froid, pesait sur le moral de tout le monde. 
Je me suis mis à imaginer, pour mettre un peu de soleil dans ces journées bien moroses, des odeurs de fleurs de saison. Fleurissaient mentalement dans mon nez muguets, lilas, jacinthes, jonquilles, roses fraîches… 
Il faut dire qu’en plus, pour ma première année à Paris, je broie du noir dans mon coin en me trouvant loin de mon jardin adoré, véritable bibliothèque des odeurs au printemps lorsque tout bourgeonne. Je regrette, presque les larmes aux yeux, de rater le parfum des brassées de narcisses dans la brise printanière, l’odeur lourde, verte et sucrée des tapis de jacinthes et le doux parfum des bouquets de violettes. Allez, encore deux semaines à tenir avant de le retrouver débordant de végétation…

Mais avec ce froid et cette pluie, la végétation ne démarrait pas, et dans la ville, impossible d’assouvir cette envie de fleurs. Il fallait que je remédie à ça !
Il me fallait une odeur de printemps !

Rapide coup d’œil sur les matières premières à ma disposition.
Du vert, du floral, de l’aqueux… Ça devrait faire l’affaire.
Allez, au boulot !

Après quelques essaies de touilleries, des centaines de gouttes comptées une à une, des dizaines de cadavres de mouillettes, le résultat est là !

Un lilas, et une jacinthe.

Je les ai voulus au plus près de mon souvenir personnel, en me servant de ressentis gravés dans ma mémoire, et non pas d’après nature, avec un modèle sous le nez. Un exercice plutôt intéressant et constructif. 

Peut être un peu trop vert pour certains, trop doux pour d’autres, je voulais, en les faisant sentir à l’aveugle à différents cobayes, qu’ils y sentent le printemps, avant de forcément y trouver la fleur en question.
Apparemment, le pari est gagné, puisque ces deux échantillons, même s’ils ne sont pas de suite identifiés, ont été plutôt bien accueillis et ont ouvert des débats afin de savoir si la reconstitution de la jacinthe était plutôt le parfum de celle à fleurs roses, plus grasse et balsamique, ou de celle à fleurs blanches, plus verte, âpre et croquante.

Même si rares sont ceux qui trouvent l’identité de la fleur dès les premiers secondes, pour moi l’image y est. Le lilas est léger, aqueux, à la fois tendre et cristallin, avant de devenir un peu plus sombre et indolé, mais tout en gardant une impression de bouquet senti à distance, plutôt que le nez sur la fleur. Sur un départ légèrement fruité, proche d’une poire juste suggérée, il emprunte des notes de frésia et de pivoine, ainsi qu’un air de « fleur de coucou », irrésistible petites fleurs jaune au parfum miellé.

La jacinthe, quand à elle, est plus radicale.
Son départ tonitruant est chargé de sève verte, d’acidité pimpante et d’une note fruitée. Ces trois facettes issues de trois ingrédients distincts, étaient particulièrement compliquées à équilibrer. Et la formule finale est encore loin d’être parfaite, même si assez fondue à mon goût.
Il fallait aussi à la fleur un effet d’épaisseur, de lourdeur ainsi qu’un aspect « cireux », « gras », tout en gardant la dimension fraîche et aqueuse. En jouant sur l’animalité des indoles et l’effet tactile de l’aldéhyde cyclamen, la composition a gagné en profondeur et en complexité.
Sur touche, cet accord atteint son apogée au bout de 5 minutes, moment où  toutes les notes sont parfaitement liées, et exhalent les relents de fleurs au bord de l’explosion, tant elles sont chargées en parfum ; un parfum capiteux, narcotique et toxique…

Bouquet de lilas – photo source : musque-moi !

Maintenant, lorsque l’envie me prend de respirer le parfum des fleurs dans la fraîcheur d’un jardin, je n’ai qu’à ouvrir mes deux petits flacons, et y glisser une mouillette.

Je pense qu’un accord est réussi, que le but recherché est atteint, lorsque l’on arrive à un sentiment d’autosatisfaction, voire plus : lorsque l’odeur recréée arrive à vous faire monter les larmes aux yeux.
A ce moment là, vous pouvez en être certains, vous le tenez !
Et je peux vous dire que ça laisse sur le c**, et vous laisse complètement abasourdis devant la puissance évocatrice de quelques molécules invisibles assemblées de façon précise.

« Le pouvoir des odeurs », qu’ils disaient… « Le pouvoir des odeurs » !

_________________________________________________________________________

Si ce petit bla-bla à propos de mes « touilleries » perso vous plaisent, je pourrai en écrire d’autres.
En attendant, précipitez-vous sur les fleurs, et jetez-vous dedans le nez le premier !

Publicités

9 réflexions sur “Lilas & jacinthes, le printemps suggéré en flacon …

  1. Bonjour,

    Quelle belle initiative que de reconstituer l'odeur du printemps! Si vous voulez partager vos autres expériences du genre, soyez certain d'avoir une lectrice intéressée.
    Chez moi, aucune fleur à l'horizon, même pas de petits perces-neige téméraires ou de mignons crocus hardis…. Au moins vous sollicitez notre imagination avec en prime ces belles images de fleurs épanouies. Du lilas, de la jacinthe, des jonquilles, que du bonheur… (les roses c'est un peu plus « estival », non? Déformation d'une nordiste sans doute)

    J'aime

  2. Et une question, sans doute idiote, du moins d'une néophyte: je n'ai pas l'impression que la fleur de pommier, merveille du printemps, a été réellement utilisée en parfumerie. Cette fleur rend-elle sa fragrance par extraction ou autres procédés ou doit-on la « reconstituer »?

    J'aime

  3. Bis repetita (x3 stp !)

    Cheeeeeer Patrice !
    Profite bien de ces moments précieux offerts par le Printemps, à Paris ce doit être bien différent des Calanques marseillaises : les paysages, les odeurs, la luminosité, tout est somptueux ! J'ai hâte de sentir ta Jacinthe, elle m'intrigue ! En plus je n'en ai pas dans mon olfactorium.
    Et je t'encourage dans tes touilleries et blabla, j'affectionne particulièrement ce genre d'article !

    Bonne journée !
    Bisette

    J'aime

  4. Merci Hermeline ! :)

    Eh beh ! Je ne savais pas qu'au Québec les fleurs arrivaient si tardivement. Ici les perces-neige et les crocus sont sortis depuis longtemps.
    Pour les roses, oui, il faudra attendre juin. Et là, ça va être l'explosion de parfums… je ferai peut être un article à ce sujet, tiens !

    J'aime

  5. Elle ne sent pas grand chose, il faut dire. Pour tout ce qui est fleur de pommier, de cerisier, de pêcher, de machin truc… souvent c'est une image, une invention, comme pour le coquelicot, dans Flower de Kenzo.

    J'aime

  6. Ahhhhhhh… bravo, la 3ème fut la bonne ! ;)
    Mais il y a tant de problèmes que ça pour commenter sur le blog ?

    A Paris, je profite du Printemps, mais pas du même ! ;)
    (Ahahah… blague de perfumista !)
    Les calanques de Marseille, ça fait rêver en terme d'odeurs…

    Merci pour le commentaire, et donc avec vos encouragements à tous, je continuerai ce type d'article. :)

    J'aime

  7. Bonjour,
    Je m'interroge: où avez vous trouvé ces matière première et votre équipement ? Avez vous pris des cours ? J'aimerai moi aussi me mettre à la « fabrication maison » mais ne sais pas par où commencer ? Auriez vous quelques conseils ? Merci !

    J'aime

  8. Bonjour et bienvenue ! :)
    Étant dans le domaine, il est plus simple pour moi d'avoir accès aux matières premières. Mais il est tout à fait possible de les commander sur internet. Cependant, ça peut être un peu coûteux, et parfois disponible uniquement en grandes quantités.

    Mais attention, composer un parfum n'est pas chose facile. Ce n'est pas comme faire de la cuisine. Ce n'est pas de la magie non plus. Je dis ça simplement pour prévenir, mais je ne peux que vous encourager à le faire si vous en avez vraiment envie. C'est un travail de longue haleine, et d'entraînement.

    Je répondrai volontiers à toutes les autres questions que vous pourrez avoir. Si vous en avez, n'hésitez pas à me contacter par e-mail à l'adresse indiquée sur la droite de cette page, en haut.

    À bientôt !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s