Le goût de l’odorat – Les notes amères

Entrez dans une parfumerie, fermez les yeux…
Des notes agréables viennent vous chatouiller les narines : caramel, pralines, fruits rouges dans la plupart des cas ; odeurs florales, ambrées ou boisées dans les lieux un peu plus sélectifs. Les notes perçues sont de celles qui  donnent l’eau à la bouche – ou flattent le nez. Cependant, à y regarder de plus près, les parfums regorgent de notes plus dérangeantes, plus difficiles ; parmi celles-ci se trouvent les notes à la tonalité amère.

Ces notes sont très peu mises en avant, et pour cause : la parfumerie actuelle joue beaucoup sur les saveurs venues de l’enfance, celles qui sont adorées d’entrée de jeu par les petits : gâteaux, confiseries, chocolat… en un mot : le sucré ! A l’opposé, l’amertume n’est pas spontanément plaisante et nécessite un apprentissage pour être appréciée ; elle est donc considérée comme étant moins attractive, donc moins vendeuse.

Pourtant, de nombreuses matières, courantes en parfumerie, comportent des facettes amères !
En premier lieu, les notes vertes et aromatiques (galbanum en tête, mais aussi la feuille de tomate, l’angélique…), puis certaines notes boisées (vétiver, patchouli…), et enfin quelques hespéridés (notamment le pamplemousse et sa facette zestée…).

Souvent, cette amertume est utilisée pour renforcer les notes vertes et donner une sorte de « tension énergique » à la fragrance, ou encore évoquer la sève. C’est principalement le cas du galbanum, dont l’amertume verte et cinglante est mise à l’honneur dans Vent Vert de Balmain, ou utilisée en association avec des notes florales dans Cristalle de Chanel.

Une autre utilisation courante est la création d’un effet « herbes séchées » ou « feuilles aromatiques », pour évoquer des réminiscences de vacances à la campagne ou de flânerie dans un jardin ombragé. Comme dans l’Été en Douce de l’Artisan Parfumeur, où les facettes amères du tilleul et de la fleur d’oranger font glisser l’imagination vers une promenade en fin d’après-midi au milieu des bottes des foin et de l’herbe grillée par le soleil estival ; ou l’Eau de Campagne de Sisley dont le galbanum, le basilic et la feuille de tomate apportent une tonalité végétale et ombragée à cette composition verte et aromatique.

Mais l’amertume, c’est également l’évocation du poison ! 
Notre réticence devant les notes amères vient de l’époque où nous cherchions à savoir si une nouvelle nourriture était comestible ou non : l’amertume agissait dans ce cas comme un signal d’alarme pour signifier un danger potentiel pour la santé. Datura Noir de Serge Lutens en est une illustration : les fleurs blanches  narcotiques et séductrices se retrouvent mêlées à une note d’amande amère, comme pour en souligner l’aspect dangereux et vénéneux.

 Par delà la création d’images et d’évocations diverses, la note amère est également utlisée dans les parfums un peu à la manière d’une épice pour relever un plat. Par exemple, pour créer un contraste intéressant avec des notes orientales sucrées et alléger la fragrance, comme c’est le cas dans Angélique Noire de Guerlain, où la note verte, amère et désaltérante de l’angélique est présente dès la vaporisation pour créer un choc face à la guerlinade vanillée et amandée.

 Les notes amères se retrouvent parfois au centre de la composition, afin de créer une fragrance qui se démarque de ses consœurs. Bien qu’assez rare, cette démarche se retrouve à la fois dans la parfumerie mainstream, comme dans l’Eau de Gentiane Blanche d’Hermès où la gentiane est mise en vedette aux côtés d’agrumes rafraîchissants et de doux muscs blancs, et auprès de marques plus conceptuelles comme Humiecki & Graef qui nous propose Blask à la note inédite de noix.

 Quelle que soit leur utilisation, les notes amères sont à la fois assez utilisées et peu visibles par elles-mêmes en parfumerie, à moins d’y prêter un nez un peu inquisiteur pour chercher à les débusquer ! Mais lorsqu’elles sont mises en vedette, cela donne des fragrances originales et pleines de caractère.

Et vous, quelle fragrance appréciez-vous particulièrement pour ses notes amères ?

__________________________

Par Nez Lik,
Passionnée d’odeurs et de parfums, invitée spéciale 
sur Musque-Moi pour notre plus grand plaisir !

Publicités

3 réflexions sur “Le goût de l’odorat – Les notes amères

  1. Pour ma part je possède l'eau de gentiane blanche. En été comme en hiver, j'adore… Tout le contraire des bidule claironnants et tintinnabulants… Sage, classieuse, distanciée… Un must dans le genre.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s