L’Eau Froide – Serge Lutens ; Encens de glace …

Il n’y a plus matière à débattre : l’Eau était un échec, une erreur, tandis que l’Eau Froide est une vraie réussite.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’encens n’est pas si rependu que ça dans les créations de Serge Lutens ; fondu dans « Serge Noire« , très travaillé dans « Fille en Aiguille« , en duo avec la lavande dans « Encens et Lavande« , ou faisant quelque fois office de second rôle.
En 2012, Monsieur Lutens nous offre une nouvelle composition autour de cette résine sacrée et une déclinaison autour de son « Eau » qui avait tant fait jaser.

L’Eau Froide, Serge Lutens – photo© Musque-moi

Pour mettre en flacon cet élixir givré, les deux compères – Lutens et Sheldrake – se sont retirés dans les salles obscures et froides d’une grotte vieille comme le monde. Dans cette atmosphère glaciale et minérale, dans cette cathédrale de pierre, entre les alignements de stalactites, sur un autel de pierre froide, ils ont laissé parler leurs inspirations. Dans ses mains, Serge Lutens tenait l’encens et l’idée, dans les siennes, Christopher Sheldrake tenait le savoir et l’expérience.

Sur l’autel de pierre, lisse et froid comme la banquise, ils déposèrent une poignée de perles résineuses, mates et ternes, semblables à des petits cailloux. Au contact de la surface gelée, la magie opéra : comme lorsqu’il touche la peau, le froid si mordant devint une chaleur insoutenable.
Alors, instantanément, dans un éclat bleuté et cristallin qui éclaira les voûtes de la grotte, les larmes d’encens se mirent à crépiter et se consumer. Se lamentant et pleurant toute sa souffrance dans un cri désincarné sous l’effet de ce brutal renversement de température, la résine se mit à laisser s’échapper les volutes odorantes si convoitées qu’elle gardait, jalousement et secrètement, en elle.
La fumée s’éleva avec lourdeur, et dessina, dans l’air ambiant juste au dessus de la table de pierre, des arabesques épaisses et cotonneuses gris perle aux reflets d’un bleu glacial qui illuminaient les yeux écarquillés des deux expérimentateurs.

Une fois que les fumeroles atteignirent une hauteur suffisante, assez éloignée de l’autel où la combustion offrait une chaleur plaisante et bienfaisante, elles furent rattrapées par le souffle froid et austère qui régnait dans la grande salle troglodyte. Instantanément, elles se condensèrent en une pluie de gouttelettes solidifiées et cristallines que les deux hommes se dépêchèrent de recueillir dans un réceptacle fait d’un lit de feuilles d’eucalyptus et de menthe, sur un coussin moelleux de muscs blancs, coupés d’une eau des plus pures provenant d’un torrent glaciaire.
C’est au contact de ces quelques ingrédients, méthodiquement choisis, que la lente infusion se mit en place. La chaleur des muscs fit fondre, lentement, la glace d’encens, sans lui faire perdre sa froideur opalescente, pour la mêler au bouquet de feuilles fraîches et camphrées, et pour lui donner une forme liquide, claire comme de l’eau de roche.

Ainsi, Serge Lutens et Christopher Sheldrake mirent en flacon les blizzards tonitruants, les eaux glaciales des torrents et l’encens dans toute sa froideur.

Lorsque vous déboucherez un flacon de l’Eau Froide, vous serez saisis par cette envolée glacée et poivrée, qui magnifient la minéralité de l’encens tout en accentuant son souffle givré. Puis, sur peau, vous serrez étonnés de voir la simplicité qui en émane, et le confort insoupçonné que cette eau procure en se mêlant lentement aux muscs propres.

Une eau très Lutens, à porter par une journée glacial ou par temps de canicule !

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2 réflexions sur “L’Eau Froide – Serge Lutens ; Encens de glace …

  1. Hello !

    Une Eau Froide, quel ravissement pour moi. Je regrette d'ailleurs de ne pas l'avoir porté. Glace, minéral, muscs blancs tout cela me parle beaucoup.
    Merci pour cet article !

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  2. Je dois confesser qu'il fait parti des Lutens qui ne me plaisent guère, pas de manière répulsive comme Vitriol d'oeillet (je recule à chaque fois que je le sens, c'est un réflexe) ou suscitant une moue comme L'Eau. Il ne s'agit pas de détestation donc, mais il ne suscite chez moi aucune émotion. Monsieur Hermy l'a porté à deux reprises, testant l'échantillon reçu avec son Chergui, lui l'aime bien, mais je n'arrive pas à partager cette bonne impression. C'est dommage, pour moi en fait, et je n'arrive pas à vraiment cerner pourquoi, mais l'Eau froide me laisse indifférente.

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