Vanille Absolument – Chronique d’une mort annoncée !

L’Artisan Parfumeur, l’une des plus anciennes et plus grandes marques de parfumerie de niche, semble amorcer, depuis quelques temps, un virage important dans son organisation marketing.
Bien sûr, tous les fidèles clients et les connaisseurs se seront  réjouis des multiples soldes de l’hiver dernier, sur les formats 50mL de Poivre Piquant, Dzongkha, Safran Troublant, Vanille Absolument et Piment Brûlant entre autres ; Tandis que d’autres auront pleuré l’arrêt de Tea for Two, qui rejoint la liste des « anciens » de la marque : Jour de Fête, La Haie Fleurie, Oeillet Sauvage, Iris Palida, Fleur de Narcisse
Certes, la suppression de parfums dans une gamme aussi large est inévitable. Mais on en revient à la définition de base de la parfumerie de niche : une marque qui se positionne comme telle et supprime ses chefs-d’œuvre au profit de créations faciles, passe-partout, frisant la banalité (et qui malheureusement se vendent mieux), et préfère lancer des collections fumeuses et bâclées, où chaque opus a soi-disant été exclusivement créé pour un pays distributeur précis et se retrouvent finalement disponibles partout, peut elle encore faire preuve de crédibilité et se positionner « niche » ??? 
Sans parler de la suppression à venir de TOUS les formats 50mL (peut être sauf pour les best sellers !) et de la rumeur annonçant la signature d’un contrat de distribution avec Sephora !
Bref, pour en revenir aux changements à venir, le plus dramatique reste la suppression de Vanille Absolument, ex-« Havana Vanille« .
Vanille Absolument, photo©Musque-moi!
Même si la vanille n’est pas une matière que l’on aime, on ne peut qu’admirer le travail fait par Bertrand Duchaufour dans cette interprétation des plus naturelles. Naturelle, autant dans l’interprétation de la gousse, que l’on pourrait qualifier de « naturaliste », que dans la qualité des matières premières. Car tel était le défi : créer une vanille sans vanilline !
Toutes les facettes de la vanille naturelle sont ici sublimées et misent en avant ; des notes de rhum, de foin, de tabac, en passant par des effets « verts confits » de fruit blets, parfois subtilement fumés, suivent une évolution en trois temps, passant du sirupeux alcoolisé et liquoreux, au sec austère pour finir dans un lit poudreux de muscs confortables et enveloppants.
Indéniablement Duchaufour, Vanille Absolument est notamment remarquable pour sa sécheresse presque raide, et montre encore une fois le génie de Bertrand Duchaufour et son don pour jouer sur les matières au sens tactile du terme. Ce tabac, aux accents de paille, donne à la fois des airs de sauvageonne, irrésistible par son naturel, ainsi qu’une certaine austérité, à cette beauté exotique, qui prend ainsi un caractère brûlant, prêt à s’enflammer à la moindre étincelle comme les fourrés sèches et craquantes d’une savane brûlante. Une vanille androgyne au tempérament ambigu et jouant sur les contrastes, donc.
Bien sûr, puisque c’est une vanille, on y retrouve un effet sucré (et encore, c’est un bien grand mot !), légèrement caramélisé. Mais le tout reste tant en retenu, entre l’absolu de narcisse et son effet « foin » et l’alcool enivrant du départ, qu’on ne tombe pas dans la vanille « 100% sucres ajoutés ». Ce qui ne plait évidemment pas aux amatrices de vanilles gourmandes, dégoulinantes et écœurantes, habituées aux jus « sur-sucrés ». 
Vanille Absolument, photo©Musque-moi!
A ce parti-pris tellement intéressant, mais terriblement dangereux, vient s’ajouter un coût de production très élevé. Avec des matières onéreuses comme la vanille Bourbon naturelle, le narcisse et l’immortelle, la difficulté à maintenir ce parfum au catalogue malgré un succès mitigé reste compliqué, et surtout peu avantageux car on le sait : il faut que ça rapporte ! 
Et comme ce n’est certainement pas sur Vanille Absolument que la marge est la plus grande, à quoi bon la garder ?
Le plus consternant est peut être de découvrir, en discutant avec Bertrand Duchaufour, que ce dernier, qui travaille pourtant en étroite collaboration avec l’Artisan Parfumeur, n’était même pas au courant de la disparition à venir de l’un de ses chefs d’œuvres.
Au final, le seul défaut de Vanille Absolument aura peut être été de contenir trop de vanille (naturelle) !
Désolant !
Qui sera le prochain ? Dzongkha ? 
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11 réflexions sur “Vanille Absolument – Chronique d’une mort annoncée !

  1. Hello,

    Mais comment ça même pas au courant ? Faut-il que l'Artisan Parfumeur soit tombé bien bas ! Déjà je trouvais consternant le retrait de  » Jour de Fête  » ( et des autres bien sûr, comme vous dites les anciens ), avec ce contrat chez Sephora mais où va t-on franchement ? Si l'Artisan Parfumeur passe aux mains de LVMH, honnêtement la finalité me semble très douteuse, répréhensible et médiocre sur le plan éthique stricto sensu. Artisan + Parfumeur, ces deux mots là sont incompatibles avec Sephora, contraires aux principes de la niche déjà bien secouée, bref j'espère que non !
    J'ai du mal lire car ce n'est pas possible, une hallucination visuelle sans doute ou un truc du genre. Je n'arrive tout simplement pas à y croire.
    Les parfums concernés sont ceux de l'Artisan ? ça ne serait pas une autre gamme ? De toute façon c'est du pareil au même. Serge Lutens peut se permettre ça avec ses flacons exclusifs et les autres. Les premiers sont censés rester au Palais Royal, les autres dont de magnifiques parfums sont bien chez Sephora ou ailleurs, mais l'Artisan Parfumeur a des boutiques en nom propre y compris ici depuis quelques années, les Salons du Palais Royal c'est un univers complètement à part ( et heureusement ), bref si je comprends bien on va passer de la niche un peu  » mainstream  » parfois – mais avec un historique remarquable et novateur pour l'époque – à du mainstream ? Je veux bien plaider pour un espace niche dans les parfumeries, oui pourquoi pas c'est ainsi que l'on découvre parfois de très beaux parfums ( je pense juste à Louve pour ma part ), mais s'abaisser à  » passer des contrats  » avec Sephora houlà je réprouve et bien même si mon avis n'équivaut certes pas à une goutte de parfum.
    Bonne soirée malgré tout, jolis visuels comme toujours.

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  2. Bonjour Dominique, et merci pour votre commentaire.
    Pour l'instant, ce partenariat avec Sephora n'est qu'une rumeur, même si elle semble fondée !
    Ensuite, le retrait d'Havana Vanille semble amorcé, mais il ne semble pas impossible qu'elle soit en vente pendant un moment, comme Navegar ou Tea for Two dont on voit resurgir quelques flacons, de temps en temps !
    L'Artisan semble devenir un grand mystère, mais son jeu est dangereux !

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  3. Bonjour,
    Je comprends votre inquiétude concernant un partenariat avec Sephora, certains sont passé par là comme Lutens et le résultat est là : du blé, pardi !

    Aussi, quand une marque comme l’Artisan continue à se développer il faut (malheureusement) faire rentrer des sous au détriment (parfois) de la qualité. Un seul mot: vendre et faire des bénef´ pour continuer d’exister.
    La concurrence est rude dans la niche et il y a aussi vraiment du très bon et de la daube. Certaines marques ont peur du risque et c’est compréhensible, en soi.
    Les jolis parfums que vous citez étaient des vrais partis-pris mais sans doute pas assez « tendance » ou « bankable ». J’adore l´audace de Dzing et de Poivre Piquant.
    Et, pour en finir avec la Vanille, celle de Duchaufour est une jolie interpretation d´une vanille verte et musquée.
    Essayez celle de Mona di Orio pour Les Nombres d´Or.
    Sa vanille est incroyablement contrastée et celle-ci contient vraiment de l´absolu vanille (en overdose, même :)
    Vous m’en direz des nouvelles…

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  4. Ce qui est « drôle », c'est que Dzing! se vend plutôt bien. Et il plait notamment aux anglophones, qui détestent d'habitude les parfums aux notes animales. Et je lui trouve, personnellement, une note « poney » assez réaliste. Mais c'est certainement grâce à un fond gourmand (mais soft) de tonka et de caramel qu'il devient plus « facile » et ne tombe pas dans le bestiale.

    La vanille de Mona est bien sûr dans mon TOP 3 des vanilles, avec Vanille Absolument et Cuir Beluga. Tout comme son oud, c'est une réalisation exceptionnelle, et preuve une fois de la maitrise et de la générosité de la belle Mona !

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  5. Bonjour

    Pour les afficionados de parfums ou les amateurs de haute parfumerie, The Different Company propose un Rose Deal plutôt intéressant sur vente privée. J’ai vu ça ce matin et j’ai fait une affaire…
    Bonne journée,
    Judith

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  6. Bravo pour cet article. Pour ma part, je regretterais beaucoup la disparition de Vanille Absolument que j'aime… absolument. Et je déplore aussi la disparition de l'Eau du Navigateur, qui est une pure merveille, le seul parfum signé Ellena chez l'Artisan, un parfum si inspiré, si « narratif », si poétique. Les parfums de grands maîtres comme Duchauffour ou Ellena sont des oeuvres, des oeuvres qui posent des jalons dans l'histoire de la parfumerie. Il est interdit de les retirer du marché. S'aviserait-on de retirer de la vente Anatole France ou Valéry Larbaud parce qu'ils se vendent moins que Victor Hugo ou Gustave Flaubert ?

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  7. Merci Jean-David.
    Moi aussi je vais la regretter, cette vanille. Du moins, quand j'aurais épuisé mon stock…
    l'Eau du Navigateur n'est pas le seul parfum de Ellena pour l'Artisan ! Il y a aussi Bois Farine, l'Eau d'Ambre et il doit bien y en avoir quelques autres encore.
    J'aime beaucoup votre parallèle avec les auteurs, cependant, je ne pense pas non plus que « parce que c'est Jean-Claude Ellena, c'est Magnifique et indispensable » !

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  8. Je viens tout juste de lire votre article. Cette nouvelle m'attriste car je porte Vanille Absolument depuis sa sortie. J'en suis tombée amoureuse. J'aime tellement son caractère, son originalité. Ce rhum, ce tabac et cette vanille sont délicieux ! J'ai longtemps cherché mon parfum coup de cœur. Vanille Absolument, c'est MON parfum, c'est comme une partie de moi. Et dire que je vais bientôt devoir m'en séparer… L'artisan parfumeur est ma maison préférée et je serai extrêmement déçue s'ils continuent de retirer leurs chef d’œuvre de la vente.
    Angélyne

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  9. Un élément de plus qui rend cette situation totalement inepte c'est que ce parfum est sorti il y a à peine 4 ans ! On se croirai vraiment dans la situation d'un parfum grand public raté que l'on retire des étalages car il n'est plus rentable. Honnêtement, ce virage chez l'Artisan me déplaît très très fortement. Moi qui pourtant aime cette maison intimement depuis mes débuts en tant que passionnée et que blogueuse, je ne retrouve plus l'émotion qui m'avait tant touchée, l'univers onirique et authentique qui faisait de l'Artisan, malgré tous ses défauts, une maison à part.
    On se retrouve aujourd'hui avec une maison désincarnée, dans laquelle sa clientèle ne se reconnait plus. J'ai l'impression de parler de Guerlain là. Ca me déprime.

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  10. J'ai été déçu par Havanah vanille. Sur le papier il est intéressant, car les notes de rhum et de tabac ressortent.
    Sur moi, peau ou tissus, il n'a jamais été qu'une vanille trop faible, trop douce, trop monocorde. Et pourtant j'ai essayé, je l'ai acheté, tout tout.
    Une vanille de cornet de glace. Un parfum qui manquent terriblement de conversation.
    -les goûts et les couleurs-

    J'analyse son histoire comme un échec programmé.
    – un parfum qui pousse vers la sortie « Vanilia », grrr…
    – une vanille trop subtile pour plaire
    – un parfum trop monocorde en dépit d'ingrédient dispendieux
    => pas de clientèle, pas de signature olfactive, production arrêté

    Je n'en veux pas à Duchaufourd, l'équilibre et le fondu de Havanah vanille continue de m'étonner. Mais pas quand je le porte sur moi.

    Je reste heureux, par delà cette histoire.
    Ca fait parti du jeu. Les marques essaient, les marques se plantent. Les marques réussissent aussi.
    Séville à l'aube, Batucada, sont de belles additions à la gamme. Je trouve de plus en plus de qualité à son aoud.
    Duchaufourd ajoute ce je-ne-sais-quoi de « jamais senti » a ses parfums, ça ne m'emballe pas toujours, mais j'apprécie énormément.

    Les amateurs de parfums aiment jouer les cassandres, tantôt passionnés, tantôt blasés.

    Regardez Lutens, évidemment il réutilise les mêmes accords, mais il continue à innover et quelque chose de très beau sort au moins tous les 3 ans. Je n'en demande pas plus.

    Ne soyez pas nostalgiques! je croise régulièrement des nostalgiques de l'ère « Jean Laporte » de l'Artisan parfumeur, si vous vous y mettez aussi vous n'êtes pas sorti d'affaire!
    Havanah vanille s'arrête, tant pis, tant mieux. Allez stocker quelques flacons acheté à pris cassé! Comme je vais le faire pour Safran troublant.
    —–
    @Dominique : « jour de fête » n'était pas bon. Moi qui adore le benjoin, le flacon que j'ai acheté en promotion, je l'ai revendu bien vite. Une qualité de benjoin trop sèche, trop rapeuse.
    (Par contre j'ai eu le constat inverse sur « la haie fleurie ». Trop puissant et synthétique. Mais depuis qu'un proche porte ce parfum, j'apprécie son sillage et son jasmin excellent, jour après jour.)

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